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Published on septembre 13th, 2017 | by Morgan Bizet

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ÉTRANGE FESTIVAL #03 : COUP DE ❤ POUR «LES BONNES MANIÈRES»

Deux jours à peine après le triomphe à Venise de The Shape of Water de Guillermo Del Toro, Les Bonnes manières de Juliana Rojas et Marco Dutra, était présenté à l’Etrange Festival. La connexion entre leurs auteurs respectifs n’a rien de hasardeuse tant ils projettent dans leurs œuvres l’amour fou qu’ils témoignent pour le genre et leurs monstres. Plus seulement réduits à un artifice de terreur, ces derniers sont des vecteurs d’émotions imparables et des (dif)formes lyriques et extrêmes de la différence. Dans la lignée des Browning, Tourneur, Cronenberg et Burton, Del Toro, Rojas et Dutra signent des hymnes à l’altérité, habités et originaux. Grâce à eux, le fantastique a encore de merveilleux jours devant lui.

Si The Shape of Water sera évidemment attendu, et pas uniquement grâce à son Lion d’or, on espère que Les Bonnes manières aura le droit à une sortie française – on croise les doigts, le film est une coproduction Brésil/France. Rojas et Dutra n’ont pas le pedigree de Del Toro, qui fait du cinéma depuis plus de 25 ans, il s’agit seulement de leur seconde œuvre, six années après l’étonnant Travailler fatigue. Les Bonnes manières poursuit dans la veine de son prédécesseur, partir d’un cadre social fort – la modernisation du Brésil et ses conséquences – pour glisser doucement vers l’irrationnel et l’horreur. Ici, Rojas et Dutra réussissent mieux la métamorphose des genres. Peut-être parce qu’elle épouse autant celle des corps à l’image – jusqu’au loup-garou, clou du spectacle – que celle d’un pays qui voit ses valeurs bousculées et sa population de plus en plus divisée.
Les Bonnes manières est scindé en deux, comme composé de deux films. D’abord, un beau mélo social à la sexualité mutante des meilleurs Cronenberg. Clara, une femme noire des favelas est engagée comme nounou pour s’occuper d’une future maman, Ana, qui vit seule, isolée, dans un loft précieux, siégeant dans une immense tour de verre. Très vite, les rapports hiérarchiques éclatent, les deux femmes se découvrent un point commun, leur marginalité. L’amitié devient amour. Mais les caresses sensuelles se confondent rapidement aux morsures, griffures et giclées de sang. Ana est éventrée par son bébé un soir de pleine lune, dans une scène hallucinante et gore, avec la stupéfiante vision d’un mini loup-garou caoutchouteux rampant au sol, rappelant les grandes heures de l’animatronique, et évidemment des classiques Hurlements et Le Loup-garou de Londres.
L’œuvre s’emballe, et sa poésie latente explose en lyrisme lors d’une scène chantée, au cœur d’une soirée irréelle sublimée par les trucages de Rojas et Dutra pour représenter un Sao Paulo pictural tout droit sorti d’un conte. A la manière d’une incantation magique, les mots de la chanson envoient le récit sept années en avant, cette fois dans les favelas où l’on apprend que Clara a adopté en secret le fils d’Ana, qui suit un régime de vie strict. Une deuxième partie candide, initiatique où le jeune garçon découvre le démon qui sommeille en lui dans une fugue nocturne à l’issue forcément tragique. Après l’éblouissant Aquarius de Kleber Mendonça Filho l’année dernière, voici donc l’époustouflant Les Bonnes manières de Juliana Rojas et Marco Dutra, qui démontre une fois de plus la bonne santé du cinéma brésilien. Une œuvre qui bouleverse et émeut par son grand geste artistique, son ambition de passer d’un récit à un autre, sans ébranler la cohérence d’un film qui communique avec son pays d’attache, ainsi que son peuple.

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