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Published on septembre 9th, 2017 | by Morgan Bizet

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ETRANGE FESTIVAL #02 : TURKISH LOVECRAFT & VAMPIRES NIPPONS SANS MORDANT

A L’Étrange Festival, la fidélité est primordiale. Fidélité des spectateurs, du lieu (Forum des Images), des partenaires mais aussi et avant tout des auteurs. Depuis quelques années, il ne se passe pas une édition sans un film – voire des films – de Sono Sion. Lauréat du prix du public en 2013 avec le jubilatoire et méta Why don’t you play in Hell ?, le furieux et prolifique cinéaste japonais est ce qu’on peut appeler un réalisateur «maison». Il en va de même avec le jeune turc, Can Evrenol, qui a présenté quasiment tous ses courts-métrage ainsi que son premier long, Baskin, dont le succès grandissant fait la fierté du festival. Tous deux revenaient cette année à la messe parisienne de l’étrange avec une première mondiale: Housewife et Tokyo Vampire Hotel.

On savait déjà le goût de Can Evrenol pour le giallo, son fétichisme, son formalisme et sa temporalité expérimentale. On connaissait moins ses obsessions lovecraftiennes, peut-être trop maquillées dans son précédent film, le crade et sauvage Baskin. Avec Housewife, coproduction turque et française en langue anglaise, il semble avoir enfin trouvé matière à l’épanouissement de ces thématiques. Plus maitrisée, cette deuxième œuvre a surtout plus de style. Si le scénario manque clairement de souffle et la profondeur des personnages laisse souvent à désirer, on est quand même embarqué par l’ambiance mi-baroque mi-intimiste de Housewife, ceci dès le prologue en forme d’hommage aux chefs-d’œuvre gothiques de Bava.
Petite, Holly assiste aux meurtres de sa sœur et de son père, tués par sa mère qu’on imagine appartenir à un groupe de fanatiques. Elle ne s’en est jamais remis, et vis perpétuellement coincée entre son passé traumatique, ses cauchemars horribles et une réalité morne auprès de son mari écrivain et peintre d’œuvres fantastiques. La manière dont Evrenol imbrique ces couches de réalité n’est au départ pas très fine mais au fur et à mesure que s’imbrique une intrigue autour d’une secte et de son leader pseudo-charismatique – façon Mark Dacascos, l’indien du Pacte des loups – qui revendiquent la toute puissance des rêves, le film épouse une logique cauchemardesque plus convaincante. Jusqu’à un final apocalyptique réjouissant, où se croisent Chtulhu, Rosemary’s baby et une potentielle référence au Roi Lion – réflexion très personnelle mais loin d’être infondée. S’il n’est pas encore vraiment à la hauteur de son talent, Can Evrenol confirme qu’il est une valeur montante de l’horreur mondiale, et déjà le porte-drapeau d’un cinéma de genre quasi-inexistant dans son pays d’origine.

Oui, Tokyo Vampire Hotel est une déception. Et non, ce n’est pas pour autant nul. A force d’aduler Sono Sion, le public de l’Etrange Festival est devenu très exigeant et le moindre faux pas du cinéaste devient une micro-tragédie. Si par le passé il y a présenté des films nettement supérieurs, Antiporno, Tokyo Tribe, et les chefs-d’œuvre Cold Fish et Guilty of Romance, il serait dommage de vouloir mettre cet opus hybride aux ordures. Tokyo Vampire Hotel n’est pas un vrai film mais le montage alternatif des deux premiers épisodes d’une série commandée conjointement par la Nikkatsu et Amazon. Sono Sion y a rajouté des scènes et une fin. C’est justement là la grande erreur du cinéaste qui par sa grande générosité a choisi de sacrifier la cohérence et le rythme de son projet. Très souvent foutraques et extrêmes, ses œuvres parvenaient à nous subjuguer par une dynamique punk propre au passé d’artiste contestataire dans les années 1990 de Sono Sion. Hélas, si celle-ci fait illusion pendant les deux premiers tiers de Tokyo Vampire Hotel, la fin, faite d’aller-retour à n’en plus finir, de massacres premièrement virtuoses puis vite exténuants, et d’un lyrisme mal calculé, achève le film dans l’ennui. On n’a alors, depuis longtemps, plus d’intérêt pour le destin de ces héroïnes maudites, qui auraient aimé que le monde des vampires leur foutent la paix, et qui ne sont plus que résignées à mourir dans un bain de sang plongeant les créatures avec elles.
La première partie nous avait pourtant embarqués dans un récit aux contours fascinants, tentant de recréer la mythologie vampirique à la sauce Sono Sion, à grand renfort d’ados punks et baroques sexualisés. La rencontre entre les deux univers apparaissait comme une évidence. Cependant une atmosphère ne fait pas tout et le scénario ne tient rapidement pas la route, les scènes inutiles s’accumulant, malgré la juxtaposition de flashbacks en Roumanie étonnants qui viennent perturber cet amas d’images stagnantes. Il est évident que l’échec de Tokyo Vampire Hotel est symptomatique de son programme. Vouloir raconter quelque chose de fort et auto-suffisant à partir d’une matière loin d’être achevée est un quasi-suicide. David Lynch l’avait réussi avec Mulholland Drive qui repartait d’un pilote de série abandonnée. Et avait offert l’une des œuvres les plus fascinantes du septième. Par chance, la série de Sono Sion verra le jour, et on se contentera de considérer le film comme un copieux et alléchant teaser du projet final qui a toutes les raisons d’être convaincant.

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