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Published on septembre 8th, 2017 | by Morgan Bizet

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ÉTRANGE FESTIVAL #01 : ALIEN EN QUÊTE D’AMOUR ET SACRIFICE POMPEUX

Rattrapages cannois pour cette première journée à l’Étrange Festival. Au Forum des Images, qui accueille la messe annuelle du bizarre filmique, il était possible de voir deux œuvres présentées au dernier Festival de Cannes: Avant que nous disparaissions de Kiyoshi Kurosawa et Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos. DAY 1.

Troisième film du maître japonais à être présenté en France cette année (remember le peu habité Secret de la chambre noire et le dérangé et fou Creepy), Avant que nous disparaissions est surtout la première intrusion de la science-fiction dans sa filmographie – Real tenant plus de l’anticipation. Les fantômes et meurtriers mystiques cèdent ici leur place aux extraterrestres parasitaires, «coexistant» avec les hôtes qu’ils envahissent, conservant donc leur apparence mais perturbant voir annihilant totalement leur esprit. Jusqu’ici, le pitch ressemble à s’y méprendre au roman de Jack Finney, L’Invasion des profanateurs de sépulture, classique qui a donné quelques grands films de Don Siegel, Philip Kaufman et Abel Ferrara. Mais Kurosawa a l’intelligence de s’écarter très vite des modèles qu’il admire.
D’abord par l’humour, les extraterrestres ayant du mal à assimiler les coutumes de la société nippone. En effet, ils doivent voler les concepts humains (la propriété, la liberté, etc.) aux personnes qu’ils rencontrent pour préparer l’invasion définitive de la Terre. Ce qui donne quelques séquences comiques, lorsque les gens se retrouvent dépourvus de certaines notions fondamentales dans un pays aux normes et traditions très ancrées. Par exemple un désagréable patron qui agit comme un enfant, lance des avions en papier. On se dit alors que Kurosawa souhaite faire de son film une satire mais Avant que nous disparaissions brouille les pistes à chaque scène. Horreur pure, thriller, action movie – les envahisseurs se battent comme des stars de kung-fu Hong-kongaises. Le film s’éparpille le long de ses deux heures par excès de générosité, ne se montrant pas toujours convaincant dans ce qu’il entreprend.
Heureusement, comme c’était déjà le cas avec Real, c’est par la voie du mélodrame qu’Avant que nous disparaissions révèle sa beauté cachée. La science-fiction n’est qu’un maquillage pour dissimuler le vrai sujet de ce film, la renaissance d’un couple au bord du gouffre. Shinji, mari volage, est l’hôte d’un alien qui va malgré lui trahir la cause de ses semblables pour réapprendre à aimer sa femme, Narumi. Et surprise, dans sa dernière ligne droite, le film bouleverse, notamment grâce à son duo d’acteurs brillants. Inégal mais passionnant.

Quatrième long-métrage du cinéaste grec Yorgos Lanthimos, Mise à mort du cerf sacré marque aussi l’effondrement de son cinéma systémique et clos sur lui-même. S’il passionnait dans Canine, étonnait encore dans Alps tout en laissant déjà entrevoir ses limites, il implosait de toute part dans la deuxième partie jusqu’au-boutiste et déraillée de The Lobster, au cynisme aveuglant. Retrouver Colin Farrell deux ans après n’était finalement pas de bon augure. Cardiologue à l’embonpoint typique du bourgeois bon vivant, il donne l’illusion à sa famille et à ses proches d’une vie harmonieuse sans failles. Mais il dissimule une relation paternelle malsaine avec le fils d’un patient qu’il n’a pu sauver à cause de son alcoolisme. Relation qui va vite se transformer en harcèlement, lorsque le jeune Martin se fait de plus en plus envahissant à l’hôpital et auprès de sa famille qu’il va faire voler en éclat tel Terrence Stamp dans l’immense Théorème de Pasolini.
La comparaison s’arrête là. Si Lanthimos ne raconte rien de neuf – oui, les familles riches ont elles aussi leurs déviances et fêlures, parfois extrêmes – c’est d’avantage la manière qui rebute. La mise en scène, propre et virtuose, ne se salit jamais les mains et filme ce petit jeu de massacre avec une distance et une froideur mesquine. Profondément cynique, Lanthimos prend un malin plaisir à voir les péchés du père se répercuter ses enfant et sa femme (Nicole Kidman, en bourgeoise «malbaisée» façon Eyes Wide Shut bas du front). Ses derniers sont tous promis à une morte certaine par une sorte de malédiction posée par Martin désireux de se venger de la mort de son père. A moins que le cardiologue n’arrache lui-même une des vies qui lui est chère. Avant ce grand dilemme, chaque membre de la famille subit des sévices corporels en forme d’étapes: paralysie des jambes, perte d’appétit, saignement des yeux et mort. Passé la mise en place, même plus intrigante, du film, Mise à mort du cerf sacré est une interminable succession de plans tape-à-l’œil feintant l’étrangeté à renfort de musiques plus vombrissantes qu’angoissantes. Abrutissant et pompeux jusqu’à son final libérateur. On peut enfin quitter la salle. [FIN DU PREMIER JOUR]

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