Critique

Published on mars 19th, 2017 | by Thierry Conte

0

[CRITIQUE] WRONG ELEMENTS de Jonathan Littell

[CRITIQUE] WRONG ELEMENTS de Jonathan Littell Thierry Conte

Bon regard

Summary: Date de sortie 22 mars 2017 (2h 19min) / De Jonathan Littell / Genre Documentaire / Nationalités français, allemand, belge

4


The Look Of Silence. Ouganda 1989. Un jeune insurgé acholi guidé par des esprits, Joseph Kony, forme un nouveau mouvement rebelle contre le pouvoir central, la LRA, «l’Armée de Résistance du Seigneur». Une armée qui se développe au fil des années par des enlèvements d’adolescents – plus de 60 000 en 25 ans – dont moins de la moitié sont ressortis vivants du «bush». Geofrey, Nighty et Mike, un groupe d’amis, ainsi que Lapisa, font partie de ces adolescents, enlevés à l’âge de 12 ou 13 ans. Aujourd’hui ils tentent de se reconstruire, de retrouver une vie normale, et reviennent sur les lieux qui ont marqué leur enfance volée. À la fois victimes et bourreaux, témoins et acteurs d’exactions qui les dépassent, ils sont toujours les “Wrong Elements” que la société a du mal à accepter. Pendant ce temps, l’armée ougandaise traque, dans l’immense forêt centrafricaine, les derniers rebelles LRA dispersés. Mais Joseph Kony, lui, court toujours.

The Act of Killing. Dans ce documentaire à ranger à côté de ceux, déchirants, de Joshua Oppenheimer, Jonathan Littell, l’auteur des fameuses Bienveillantes sur les mémoires imaginaires d’un officier SS, confirme derrière la caméra sa passion pour les bourreaux, et ce au risque de dérouter voire de déplaire. Ici, il a recueilli les témoignages d’ex-enfants soldats de la LRA de l’Ougandais Joseph Kony, à la fois bourreaux et victimes. A sujet brûlant, film passionnant perclus d’ambiguïtés.
Filmant comme il écrit, soit «sur le fil», Jonathan Littell s’attache aux jeunes qui ont été enlevés alors qu’ils étaient encore adolescents par la LRA. Si l’on s’en réfère à l’ONU, ce mouvement, créé dans la deuxième moitié des années 80 en rébellion contre le gouvernement de l’Ouganda, a tué plus de 100.000 personnes et enlevé plus de 60.000 enfants. Parmi eux, Littell a rencontré Geofrey, Mike, Nighty et Lapisa, enlevés à 12 ou 13 ans et forcés à combattre dans les rangs de la LRA, qui tentent aujourd’hui de se reconstruire. L’auteur, qui a passé au total un an sur ce film, dont deux mois de repérages et autant de tournage, avait déjà fait deux reportages pour Le Monde Magazine sur la LRA en 2010 et 2011, son documentaire est en le parfait prolongement, alternant les témoignages de ces jeunes face caméra et des moments où Littell les fait revenir sur les lieux où ils ont été avec la LRA, en particulier l’ex-base du mouvement au Soudan. Il suit aussi l’ancien chef de guerre Dominic Ongwen, lui-même ex-enfant soldat, actuellement jugé par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, lors de sa reddition en janvier 2015.
Fallait tailler dans les 120 heures de rushs que l’on imagine surpuissantes. On comprend très bien et très vite le dessein de Littell jouant sur l’oxymore (la douceur des paroles en opposition à la violence inouïe des actes). A savoir s’inscrire dans la tradition des films de mémoire, de ceux qui rendent compte de la barbarie, comme ceux de Claude Lanzmann (Shoah) et Rithy Panh (S21, la machine de mort khmère rouge). A travers les souvenirs de ces jeunes, qui racontent, tantôt bouleversés, tantôt en riant, leur vie dans la brousse, la façon dont ils ont appris à tuer, les entraînements, les viols et les exécutions, l’artiste les montre dans leur complexité, de façon brute et donc jamais pute, sans jamais se détourner des aspects les plus variés de son sujet. Et ainsi, grâce à sa personnalité, son regard, son refus de simplisme comme de concession, c’est régulièrement stupéfiant. Errol Morris et Werner Herzog devraient légitimement adorer ça.

PartagezShare on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on Tumblr0Pin on Pinterest0Share on Google+0Email this to someone

Tags:


About the Author

Je me lève, je respire, je vis, je dors, je ris, je pleure cinéma. Donc je le critique. Avant au PLUS. Maintenant sur CHAOS REIGNS. Pour toujours.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑