Critique

Published on juin 6th, 2018 | by Gautier Roos

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[CRITIQUE] UNDER THE SILVER LAKE de David Robert Mitchell

Les dessous de Silver Lake. À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

Mystère et bulle de chewing-gum. Qu’est-ce qui rend ce Under the Silver Lake si peu aimable, si méprisable, et si génial en même temps ? Qu’est-ce qui fait qu’on peut le regarder l’œil gauche somnolent, et l’œil droit accroché avec fascination à cette interminable mise en pièce du personnage d’Andrew Garfield étendue sur 2h20 ? David Robert Mitchell a voulu tout y mettre: le genre (film noir, horreur, comédie, teen movie par-ci par-là), les références (présentes à chaque plan, et d’une façon moins excluante que dans Ready Player One), les obsessions décadentes des États-Unis, une critique plus ou moins subtile de notre si commentée société du spectacle (blablabla…).

Imaginez un Vertigo qu’on aurait trempé dans une sauce 90210 : East Side Los Angeles, Sam parcourt les villas à la recherche de sa charmante voisine Riley Keough, sirène à la silhouette tout droit sortie des Anges 12, disparue sans laisser de traces. Au cours de son enquête, Sam accumule les déconvenues et comprend, longtemps après le spectateur, qu’il est victime de la pire des machinations: celle de n’y rien comprendre (on ne passe pas de voyeur à détective néo-noir sans en sortir indemne). Ce garçon de 33 ans à côté de la plaque, à qui il reste 5 jours pour payer son loyer et ainsi éviter l’expulsion, croise la piste d’un tueur de chiens, de moultes donzelles souvent peu vêtues, et d’un faiseur de tubes pilotant toute l’industrie (notre Andrew va évidemment déchanter quand il apprendra la vérité sur la culture mainstream, un peu comme quand Phoebe de Friends capte avec beaucoup de retard que ses parents lui coupaient la fin tragique des films pour préserver sa naïveté et son enfance).

Dans ce remake à peine voilé d’Inherent Vice, Sam observe le vernis cracra qui se cache sous le monde des paillettes, des bulles de champagne et des plastiques mondialisées qu’on retrouve sur les comptes Instagram de tous les privilégiés de la planète. On va pas se mentir: cette intrigue a déjà été vue mille fois, le documentaire sur les dessous de cette fameuse usine à rêves étant un sous-genre depuis… au moins les années 50 (Aldrich, Wilder, Donen, Minnelli…). Mais avions-nous déjà vu une juxtaposition d’hommages aussi réussie, allant piocher dans la demi-douzaine de films les plus importants de l’histoire? Il y a des femmes en topless-terrasse qui fument des joints entourés d’animaux embrumés (Le privé), des jumelles qui permettent d’épier les voisins tout en, c’est la leçon du cinéma moderne, insistant sur notre incapacité à agir sur les choses (Fenêtre sur cour, Body Double), un personnage qui devient pathétique au fur et à mesure de son enquête devient de plus en plus opaque (Lost Highway, En quatrième vitesse), une quête métaphysique qui ne débouche sur pas grand chose (Profondo Rosso). Le tout sur un score Herrmannien des plus inspirés. Même Lars Von Trier est présent (un écureuil en fin de vie rappellera un certain renard antichristique que les amateurs de ce site connaissent bien).

Film monstre allant traquer le côté mortifère et répulsif des images d’Épinal, toujours rattrapé par quelque chose d’organique (les références à la puanteur abondent), ce Alice au pays des piscines chlorées s’impose comme un des moments forts de l’année cinéma 2018. Sa durée exorbitante est un suicide en pilotage automatique bienvenu, un pot-pourri peu aimable rappelant le deuxième volet des Gremlins. Et s’il s’agissait du grand film méta que NWR n’a jamais réussi à signer ? Certifié 100% chaos.

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[CRITIQUE] UNDER THE SILVER LAKE de David Robert Mitchell Gautier Roos

LE FILM DE L'ETE

Summary: Date de sortie 8 août 2018 (2h 19min) / De David Robert Mitchell / Avec Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace / Genres Thriller, Comédie / Nationalité américain

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