Critique

Published on juin 19th, 2017 | by Jean-François Madamour

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[CRITIQUE] TRANSFIGURATION de Michael O’Shea

[CRITIQUE] TRANSFIGURATION de Michael O’Shea Jean-François Madamour

Malédiction

Summary: Date de sortie 26 juillet 2017 (1h 37min) / De Michael O'Shea / Avec Eric Ruffin, Chloe Levine / Genres Epouvante-horreur, Drame / Nationalité américain

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Bienvenue dans l’âge ingrât. Queens, New York. Milo a 14 ans. Orphelin, son seul refuge est l’appartement qu’il partage avec son grand frère. Solitaire, il passe son temps à regarder des films de vampires.

Faux film de vampire et vrai teen movie tourmenté. Voilà un film qui joue trop sur les ambiguïtés pour ne pas être louche. Ce n’est pas un défaut ni même un reproche mais un constat et l’on pourra lui faire comme premier grief de ne pas être assez franc du collier à l’égard du fan de film d’horreur: celui qui s’attend ici à découvrir une variation vampirique aussi forte que Aux frontières de l’aube, La sagesse des crocodiles et Morse risque de tomber de haut. Ce n’est pas le film que l’on vous a vendu. Dès une séquence inaugurale fascinante, on voit le jeune héros black qui mord et suce le cou d’un homme. Est-ce que l’action a réellement lieu, auquel cas la mise en scène souscrit au point de vue d’un vrai vampire, ou alors s’agit-il du simple fantasme d’un jeune mec désœuvré qui s’invente une vie sauvage et romantique? Le doute est volontairement entretenu de bout en bout, comme un trompe-l’œil. Le vampire fièrement revendiqué devient vite une métaphore du héros vivant seul avec son frère, passant ses jours avachi sur un canapé. Notre héros, lui, taraudé par des pulsions mortifères, passe ses nuits à regarder des films de vampires, obsédé qu’il est par les images qu’il dévore et qui le dévorent. Il renvoie à tous ces ados des années 90 qui, sans Internet, devaient se contenter de l’imaginaire du cinéma de genre pour fantasmer un ailleurs possible. L’arrivée d’une nouvelle voisine, au moins aussi paumée que lui, fait naître des sentiments inédits et le film de poser enfin une belle question propre à la post-adolescence, ce moment où la mièvrerie le dispute à la noirceur: et si l’amour consolait tous les maudits de toute l’horreur du monde? Les deux freaks discutent de Twilight sur des canapés degueus et errent dans un monde en déshérence. Et là aussi, jusque dans le rapport post-moderne à la cinéphilie, on retrouve cette sensibilité pré-Internet des années 90. Oubliez donc l’habillage « film de vampires » (ce que Transfiguration n’est pas) pour vous focaliser sur ce que le film a de mieux: le teen-movie ré-enchanteur d’un monde sinistré où le fantasme d’avoir une double identité en guise d’exutoire permet de supporter un réel insoutenable. Une vérité trop dure à avaler, celle qui d’ailleurs lie les deux frères portant l’un sur l’autre un regard à la fois rival et tendre – c’est ce que le film, sensible aux marginaux et aux laissés-pour-compte, possède de plus beau et de plus précieux.

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Ours plumitif.



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