Critique

Published on novembre 6th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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[CRITIQUE] THELMA de Joachim Trier

[CRITIQUE] THELMA de Joachim Trier Jeremie Marchetti

Tout feu tout flemme

Summary: Date de sortie 22 novembre 2017 (1h 56min) / De Joachim Trier / Avec Eili Harboe, Okay Kaya, Ellen Dorrit Petersen / Genres Drame, Science fiction, Thriller / Nationalités norvégien, français, danois, suédois

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Thelma proche. En quittant ses parents, la timide Thelma fait une expérience de fac très universelle, où l’on rencontre, où l’on se réveille, où l’on essaye, où l’on se révèle. Mais Thelma est surveillée en quasi permanence par des géniteurs au sérieux papal, loin de l’hystérie d’une Piper Laurie made in Carrie de Brian De Palma. Frappée par des crises qu’elle assimile à de l’épilepsie, Thelma cache en réalité des pouvoirs d’une force insoupçonnée, et que ses parents tentent de taire depuis des années alors. Lorsque la jeune fille commence à tomber amoureux d’une jolie camarade, tout se bouscule et se complique.

Bizarre, comme c’est bizarre. Un réalisateur peu ou pas habitué au genre qui décide d’y plonger un bon coup, c’est toujours chaos et excitant. Doux au dehors et rongé au dedans, le cinéma cotonneux de Joachim Trier pouvait – devait même – s’accommoder avec grâce d’une telle mission. Thelma, en ce sens, a tout pour plaire; à commencer par son sujet, croisement charmant de Carrie et La vie d’Adèle. En 2017, voilà un cocktail censé qui fait trépigner de tous les côtés. Car quoi de mieux qu’un film de genre sensible en phase avec son époque: de la même manière que Les bonnes manières, film de loup-garou brésilien aux allures de contes de fées, la place d’une héroïne lesbienne en haut de l’affiche est d’une importance capitale dans le genre qui a souvent réduit les liaisons saphiques à un simple fantasme hétéro. En abordant une pelletée de sujets sensibles, Thelma gagne des points en rafales: le coming-out bien sûr, mais aussi l’intégrisme religieux, le refoulement, l’éveil des sens, l’acceptation de soi, le poids du regard des autres…
C’est d’autant plus passionnant que le personnage de Thelma est une bombe atomique amoureuse, à tout moment sous le point d’exploser, comme le souligne magnifiquement cette scène à l’opéra, où un geste fait grimper le désir crescendo comme la musique: ce qui se passe à l’intérieur se passe aussi à l’extérieur. Une idée poétique et forte, travaillée par des images exquises et ciselées, et des actrices à la beauté cristalline. Tout pour plaire. Alors on attend et ça monte, ça monte, parce que Thelma parle d’un désir qui bouillonne, d’un esprit en cage, d’une mèche qui ne demande qu’à être allumée. L’espace d’un instant, on bénit même Joachim Trier de glisser très discrètement l’incroyable Mountaineers de Susanne Sundfor, comme un avertissement. Impossible d’y voir un choix anodin, tant le récit de Thelma adopte le même rythme que le titre cosmique de la chanteuse, qui commence dans le néant et explose dans les cieux. Alors on attend, on fait confiance, on se dit que ce sera fou. Mais le miracle ne se produira jamais: Thelma fait plutôt l’effet d’un pétard sous l’eau (et quasiment illustré comme tel à l’écran!), calfeutré dans sa beauté de verre, trop apeuré pour affronter son déchaînement cathartique, résumé à une toute petite scène choc de rien du tout. Malgré l’élégance dont fait preuve Trier, on rage beaucoup à l’idée d’être passé à côté d’un sommet d’émotion et sans doute d’un grand film.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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