Critique

Published on janvier 8th, 2017 | by Jean-François Madamour

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[CRITIQUE] THE FITS de Anna Rose Holmer

[CRITIQUE] THE FITS de Anna Rose Holmer Jean-François Madamour

DECOUVERTE DU MOIS - JANVIER 2017

Summary: Date de sortie 11 janvier 2017 (1h 12min) / De Anna Rose Holmer / Avec Royalty Hightower, Alexis Neblett, Da'Sean Minor / Genre Drame / Nationalité Américain

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Danse ta vie. Toni, 11 ans (Royalty Hightower), s’entraîne dans la salle de boxe de son grand frère. Elle découvre qu’à l’étage au dessus, un groupe de filles apprennent une variante très physique du hip hop, le drill. Attirée par leur énergie, leur force, leur assurance, Toni abandonne peu à peu la boxe pour la danse.

Il y a quelque chose du Innocence de Lucile Hadzihalilovic dans ce premier film extrêmement chaos de Anna Rose Holmer. Dans ces deux mondes distincts – celui des garçons/la boxe et celui des filles/la danse. Dans cette composition de cadres saturés d’informations avec des bouts de jambes en mouvement à gauche et à droite. Dans cette idée que toutes les jeunes danseuses ne forment qu’une. Dans ces couloirs de gymnase menant vers des destinations inconnues. Dans ces rituels immuables (les escaliers que la jeune Toni monte et descend sportivement avec son frère). Dans ce climat fantastique où les filles sont atteintes d’un mal obscur provoquant l’évanouissement et traduisant peut-être ce qui grouille trop intensément dans les corps (les pulsions, les désirs, ce genre…). Dans ce réalisme magique qui parcourt tout le récit. Mais les points communs s’arrêtent ici. Le discours, s’il y en a un d’ailleurs, n’est pas le même.
Le style à la fois physique et abstrait de l’instigatrice Anna Rose Holmer (la jeune trentaine), où l’inquiétude sourd de chaque silence, de chaque regard, divisera assurément les spectateurs. Tout d’abord, entre ceux qui « auront compris » et ceux qui « n’auront rien compris ». Il va sans dire que, bien entendu, The Fits, avec son rythme étrange, tantôt alangui tantôt nerveux, ne se regarde pas en envoyant des textos avec son Smartphone allumé. Pour peu que l’on ait les yeux rivés sur l’écran, il appelle d’autres remarques comme « waouh, qu’est-ce que c’est nouveau et inspirant » et rappelle, avec sa part de mystère et d’invraisemblance que, comme dans Le Grand Sommeil, il n’est pas essentiel d’avoir tout compris pour apprécier. Question de cinéma: est-ce grave de ne pas comprendre un film? Pas du tout et The Fits ne parle que de ça. De ce qui échappe totalement au contrôle du regard. De l’impossible gestion des fantasmes dans une société qui isole.
On manque tant de mystère aujourd’hui pour ne pas se réjouir dès lors qu’un film nous perd. Nous demandant de devenir des spectateurs actifs (à nous de combler les vides et les ellipses), Anna Rose mélange les genres entre eux pour échapper aux étiquettes comme au poids des apparences: elle part dans le film de banlieue (et en fait non), furète vers un terrain sexuel (et en fait non), bifurque vers l’horreur (et en fait non), lorgne sur la dimension initiatique (et en fait non). En 1h12 seulement, rien n’est confortable, tout est bizarre. Et c’est merveilleux. A l’aune de la (renversante) conclusion.

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Ours plumitif.



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