Critique

Published on janvier 8th, 2017 | by Thierry Conte

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[CRITIQUE] THE BIRTH OF A NATION de Nate Parker

[CRITIQUE] THE BIRTH OF A NATION de Nate Parker Thierry Conte

Clip versus cinéma 200ème

Summary: Date de sortie 11 janvier 2017 (1h 50min) / De Nate Parker / Avec Nate Parker, Armie Hammer, Penelope Ann Miller / Genres Biopic, Historique, Drame / Nationalité Américain

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Un film qu’il veut en avoir. Trente ans avant la guerre de Sécession, Nat Turner est un esclave cultivé et un prédicateur très écouté. Son propriétaire, Samuel Turner, qui connaît des difficultés financières, accepte une offre visant à utiliser les talents de prêcheur de Nat pour assujettir des esclaves indisciplinés. Après avoir été témoin des atrocités commises à l’encontre de ses camarades opprimés, et en avoir lui-même souffert avec son épouse, Nat conçoit un plan qui peut conduire son peuple vers la liberté…

Un film qu’il n’en a pas. On est toujours un peu tristes de voir un premier film au résultat inversement proportionnel à l’effet recherché. Estampillé « coup de poing » au Festival de Sundance par les publicists, les journalistes en manque de papiers buzzables et certainement le réalisateur lui-même, The Birth Of A Nation qui emprunte en toute simplicité son titre au classique américain de D.W Griffith (1915) relate une révolte d’esclaves de la manière la plus révoltante qui soit, afin de continuer à raconter l’esclavage aux États-Unis trois ans après le successful 12 Years a Slave, Oscar du meilleur film en 2014. Un film qui, selon les professionnels de la profession, tombe à pic dans un pays traumatisé par la mort de Noirs non armés sous les balles de policiers en majorité blancs. Conscient de son « potentiel sociétal », Fox Searchlight l’avait acheté pour la somme record de 17,5 millions de dollars, en espérant décrocher un maximum de statuettes dorées. Est-ce que cela suffit à en faire un film indiscutable? Absolument pas. Le rappeur Abd al Malik qui a assuré le doublage français du héros et qui défend mordicus sur les plateaux qu’il s’agit d’un véritable chef-d’œuvre (sic) a bien raison de clamer grosso modo que le film donne l’impression de vivre le passé comme s’il était au présent. The Birth Of A Nation, c’est l’esclavage vu par et pour la génération MTV. Et, dans la mise en images, on est hélas plus proche du pompiérisme d’un bourrin que du vertige d’un Abdellatif Kechiche période Vénus Noire.
Au-delà de la polémique – que vous connaissez et sur laquelle nous ne reviendrons décemment pas – entachant quelque peu la « respectabilité du film », ce qui frappe avant tout pendant le visionnage de The Birth Of A Nation, c’est à quel point le fameux Nate Parker qui a tout fait (l’écriture, la réalisation, l’interprétation du héros) s’avère un mauvais scénariste, un mauvais réalisateur, un mauvais comédien. Les vraies trois bonnes raisons de ne pas voir son nanar boursouflé, lesté d’effets tape-à-l’œil pompiers – le sommet du mauvais goût étant les corps d’esclaves pendus aux arbres sur Strange fruit de Billie Holiday avec des papillons qui volent – et atomisé par la suffisance, la complaisance, le manichéisme, le symbolisme poids lourd, le mélange saumâtre de sentimentalisme cui-cui et d’ultra-violence con-con. Les esclaves se font battre, violer, casser les dents au marteau; les esclavagistes sont des monstres qui méritent de crever dans d’atroces souffrances. Même le maître du héros, avec lequel il grandit, est décrit comme un dépravé alcoolique incapable de la moindre empathie. En revanche, le héros, guidé par sa foi, est bien filmé comme un héros, un modèle, une icône. Le pompon de tout ça étant la déclaration de Nate Parker dans le dossier de presse: « Non, ce n’est pas un film sur la haine ». Il a raison. C’est comme La passion du Christ de Mel Gibson, ce n’est qu’amour.

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Je me lève, je respire, je vis, je dors, je ris, je pleure cinéma. Donc je le critique. Avant au PLUS. Maintenant sur CHAOS REIGNS. Pour toujours.



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