Critique

Published on mars 5th, 2018 | by Jean-François Madamour

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[CRITIQUE] TESNOTA, UNE VIE A L’ÉTROIT de Kantemir Balagov

[CRITIQUE] TESNOTA, UNE VIE A L’ÉTROIT de Kantemir Balagov Jean-François Madamour

Bad trip

Summary: Date de sortie 7 mars 2018 (1h 58min) / De Kantemir Balagov / Avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova / Genre Drame / Nationalité russe

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Cauchemar caucasien. 1998, Nalchik, Nord Caucase, Russie. Ilana, 24 ans, travaille dans le garage de son père pour l’aider à joindre les deux bouts. Un soir, la famille et les amis se réunissent pour célébrer les fiançailles de son jeune frère David. Dans la nuit, David et sa fiancée sont kidnappés et une rançon réclamée.

Ambigu à chaque plan. Au dernier Festival de Cannes, où son premier film était présenté dans la section Un certain regard, Kantemir Balagov (26 ans) était célébré par une presse dithyrambique comme le nouveau James Gray. Pas sûr que cette comparaison joue en sa faveur même si l’on comprend évidemment les liens entre les deux, que ce soit dans la jeunesse, la maturité, l’assurance du style ainsi que la volonté de disséquer une tragédie communautaire par le prisme du polar et de l’intime. Inspiré d’un fait divers s’étant déroulé dans la ville natale du jeune cinéaste, le costaud Tesnota en impose façon super-film d’auteur. Dans un premier temps, il fonctionne comme un suspense où le kidnapping du fils préféré et de sa fiancée par des ­Kabardes bouleverse la famille à tous les niveaux (la libération est conditionnée à rançon). Dans un second temps, il s’agit de décrire une cellule familiale pathogène sur fond d’antagonismes ethniques et de sous-texte incestueux: une fois que le rapt a lieu (incroyable ellipse qui glace les personnages comme les spectateurs), les parents tentent de trouver des fonds dans la communauté juive peu encline à l’aide. Leur choix, consistant à sacrifier leur fille (garçon manquée en quête d’affranchissement de tous les jougs) au mariage pour obtenir l’argent de la dot, ajoute un surplus de cruauté à la douleur. D’autant que la fille est secrètement raide dingue d’un Kabarde qu’elle voit en loucedé.
Ce malaise quasi irrespirable jouant sur l’exiguïté, Balagov le cherche et le trouve le temps d’une bizarroïde séquence entre chien et loup dont on se souvient longtemps après comme un cauchemar lointain et où, entre deux moments de défonce, on assiste, médusés, à un visionnage de vidéos de propagande islamiste. On devient ainsi spectateurs d’images de torture et d’égorgement de soldats russes perpétrés par des Islamistes tchétchènes. Une séquence à gerber qui incite à détourner les yeux de l’écran. Soudain, à la lisière de la complaisance et du tour de force auteurisant, Balagov nous piège. Il filme cette monstruosité pour provoquer une sidération chez celui qui regarde et à en juger les réactions pendant les projections, certains ne lui pardonneront pas. Film froid et chaud rétif à l’embrigadement du sens et de la morale, Tesnota laisse intranquille. L’expérience, éprouvante, parfois parasitée d’effets vains (les 15 dernières minutes menacent presque de flinguer tout ce qui a précédé), n’est pas du goût de tous. Mais elle ne s’oublie pas.

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Ours plumitif.



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