Critique

Published on mai 14th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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[CRITIQUE] SUNTAN de Argyris Papadimitropoulos

[CRITIQUE] SUNTAN de Argyris Papadimitropoulos Jeremie Marchetti

Eaux (très) troubles

Summary: Date de sortie 31 mai 2017 (1h 44min) / De Argyris Papadimitropoulos / Avec Makis Papadimitriou, Elli Tringou, Dimi Hart / Genres Comédie dramatique, Romance / Nationalités grec, allemand

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C’est l’histoire d’un mec. Kostis est un médecin nounours qui vient de pousser les portes de la quarantaine : il s’installe sur l’île d’Antiparos pour y devenir le médecin local. Durant l’hiver, ce vieux chat s’habitue à la morosité ambiante, esquisse les rares fêtes, fait connaissance avec l’habitant sans réellement chercher à sociabiliser. Au bar du village, les hommes attendent l’été et son défilé de touristes, véritable carotte au bout du bâton de la libido. Mais Kostis semble loin de tout ça, sage et timide. L’été arrive alors. Les rues se remplissent, le soleil tape et tout est plus beau, plus fou. Un groupe de jeunes, dont une des filles s’est blessée en scooter, débarque dans le cabinet de Kostis et fout gentiment le boxon. Autant de bruit dans une vie paisible, ça marque. La patiente, la jeune et délurée Anna, laisse une bise sur la joue du docteur mamour. Le charme opère, s’amplifie: Kostis devient la coqueluche du groupe, et se laisse entraîner dans des soirées bien arrosées. Un second souffle, une nouvelle jeunesse. Mais le retour de flamme sera rude : Kostis devient obsédé par Anna, qui séduit par plaisir, par jeu, comme un courant d’air sexy. Parce qu’elle aime plaire, parce que c’est les vacances, parce que Kostis est un homme gentil. Mais elle ne connaît pas le bonhomme, et au fond nous non plus. Ce gentil beauf, bob sur le crane et tartiné de crème solaire, est un mystère à peine esquissé, peut-être capable de tout. L’allégresse laisse alors place au malaise…

On vous dit Grèce, on vous dit chaos, et vous criez déjà Yorgos Lanthimos! Mais non, Suntan, premier film de Argyris Papadimitropoulos, ne ressemble pas à un Lanthimos-like servi sur un plateau d’argent, ni à un de ses enfants légitimes (Attenberg et Chevalier de Athiná-Rachél Tsangári). Alors, oui, bien sûr, on y retrouve un certain intérêt pour la cruauté sociale héritée du cinéma achtung achtung, l’amour des cadres millimétrés, la fausse froideur documentaire… Mais tout ça dans une fable douloureuse et solaire, sensuelle et émotive. Les obsessions amoureuses, c’est chaos, vous le savez bien. Pas pour rien d’ailleurs qu’on cite Lolita au détour d’un oculolinctus – pratique décidément très à la mode décidément après Grave.
Papadimitropoulos filme avec beaucoup de sensibilité (et même un poil de suspens) une flamme qui s’allume et qui va tout faire cramer. On ne vous cache pas que Suntan n’a rien d’un film choc, mais n’hésite pas à frôler de son aile les sensations les plus contradictoires. Son épilogue ressemble d’ailleurs à un pied de nez aux spectateurs pervers, attendant fébrilement le sursaut sordide. Ce qu’il en reste est à l’image de son personnage principal: désespérément touchant et étonnamment effrayant.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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