Critique

Published on juin 16th, 2017 | by Jean-François Madamour

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[CRITIQUE] SONG TO SONG de Terrence Malick

[CRITIQUE] SONG TO SONG de Terrence Malick Jean-François Madamour

Love is in the air

Summary: Date de sortie 12 juillet 2017 (2h 08min) / De Terrence Malick / Avec Ryan Gosling, Rooney Mara, Michael Fassbender / Genres Drame, Romance, Musical / Nationalité américain

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Partouze de baisers et de caresses. Une histoire d’amour moderne, sur la scène musicale d’Austin au Texas, deux couples – d’un côté Faye et le chanteur BV, et de l’autre un magnat de l’industrie musicale et une serveuse – voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock’n’roll fait de séduction et de trahison.

Est-il possible de vivre dans un monde allant d’un instant à l’autre, d’une chanson à l’autre, d’un baiser à l’autre? Il y a des choses magnifiques dans Song To Song. D’autres qui le sont un peu moins. Mais peu importe. Ce qui apparaît comme une évidence à la sortie de la projection, à la fin de ce cycle expérimental qui avait été envisagé avec Tree of Life et qui rassemble A la merveille, Knight of Cups et ce dernier en trilogie, c’est que Terrence Malick s’adresse clairement aux extra-terrestres, pour leur donner envie de s’esbaudir et de pleurer sur le sort des pauvres mortels que nous sommes. Le film se regarde presque uniquement pour toutes les visions du réalisateur Malick et du chef-opérateur Emmanuel Lubezski qu’il renferme. Pour la beauté du geste aussi, celle de filmer. La forme obsède Malick; et rien d’autre, surtout pas les stars Hollywoodiennes de passage, mortelles comme nous autres, qui défilent à Austin autour du couple Ryan Gosling-Rooney Mara, soit BV et Faye qui s’aiment, se perdent, se retrouvent. Des stars Hollywodiennes qui d’ailleurs semblent s’emmerder et perdus par un Malick préférant filmer un scarabée ou un enfant galopant dans l’herbe et non leurs performances ostentatoires (ce qui d’ailleurs avait provoqué la déroute de Sean Penn, acteur cabot par excellence sur Tree of Life). Un peu d’humilité de la part de tout le monde face à la grandeur du monde, à ceux d’autres planètes qui peut-être nous regardent et nous trouvent chelous.
D’aucuns pourront bien entendu très facilement faire une parodie et c’est pour cette raison que les plus rétifs au nouveau style de Malick se gausseront au bout de dix minutes. Pas grave, ces spectateurs ricanants mesureront un jour ou l’autre la cohérence et la beauté de cette démarche lorsqu’ils auront fait le deuil de tous les téléfilms inoffensifs qu’ils avaient alors encensé. Loin de respecter une dramaturgie (au contraire), le réal compile tous les moments en creux (l’errance, les maladresses, les regards perdus, les accidents…) et, tel un peintre de l’ennui, filme des espaces investis ou désinvestis de manière sensuelle pour donner à voir le gouffre derrière les apparences glamour et donner à ressentir pendant plus de deux heures l’intensité d’un flux amoureux: même quand tout va bien, la culpabilité du bonheur persiste. Un flux physique (les personnages bougent beaucoup à l’intérieur du cadre comme s’ils suivaient les mouvements d’une chorégraphie), un flux mental (le mixage des sons, de la musique, des voix…), un flux vécu (très belle scène de Patti Smith racontant une histoire d’amour à une Rooney Mara attentive). Ainsi, les moments de joie sont fatalement contrebalancés avec la mélancolie, celle qui empêche d’être heureux, ou avec la morbidité, celle qui nous rattrape fatalement un jour. A travers ces personnages fluctuants las des joies éphémères du star-système et des appartements immenses mais vides (symbole du matérialisme qui emprisonne) comme tourneboulés par tant de questions métaphysiques (suis-je un artiste?), Malick parle évidemment de lui, tente de capter la beauté où elle se trouve avant qu’elle file entre les doigts. Il avait besoin d’aller au bout de cette quête artistique et mystique, superposant l’intime et l’immense, et on est heureux d’assister à cet aboutissement. Désormais, en quête de nouvelles formes, il ira voir ailleurs si on y est. Et on y sera.

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Ours plumitif.



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