Critique

Published on février 16th, 2017 | by Baptiste Liger

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[CRITIQUE] LE SERPENT AUX MILLE COUPURES de Eric Valette

[CRITIQUE] LE SERPENT AUX MILLE COUPURES de Eric Valette Baptiste Liger

Vipère au poing

Summary: Date de sortie: 5 avril 2017 (1h46) / De Eric Valette / Avec Tomer Sisley, Terence Yin, Pascal Greggory, Stéphane Debac, Erika Sainte, Cédric Ido... Genre : policier/ Nationalité : franco-belge

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La cuvée du patron. Bienvenue dans le Sud-Ouest, avec ses vignes, ses bleds folkloriques et ses autochtones parfois franchement racistes, voyant d’un très mauvais œil la venue d’un Noir, Omar Petit (Cédric Ido), et de sa famille – sa femme, sa fille, son chien – dans la région. Ce dernier n’est d’ailleurs pas au bout de ses soucis : une nuit, débarque en effet dans sa ferme un motard taiseux et blessé (Tomer Sisley), qui va prendre tout ce petit monde en otage. Cet individu, aux desseins et au passé obscurs, vient tout juste de dessouder trois branquignols impliqués dans le trafic de drogue international. Ces meurtres remonteront jusqu’aux dignitaires colombiens – cherchant à s’implanter dans l’Hexagone -, au sens de l’humour très limité. Ces narcos enverront d’ailleurs pour régler la situation un grand professionnel, Tod (Terence Yin), tueur à gages sanguinaire qui va prendre pour valet une inoffensive petite frappe locale, Neri (Stéphane Debac). Le lieutenant colonel Massé du Réaux (Pascal Greggory) réussira-t-il à limiter la casse et empêcher le massacre annoncé? Une chose est sûre: ça va saigner dans le cépage, et le cru de l’année risque d’être chargé sur le rouge…

Veni(n), vedi, vici. Il se passe décidément quelque chose d’excitant dans le polar français contemporain, avec cette génération qui compte des plumes aussi passionnantes que Caryl Ferey, Antoine Chainas, Sandrine Colette et, donc, DOA. Ce dernier a d’ailleurs tenu à adapter lui-même son épatant Serpent aux mille coupures, aboutissant à un scenario qui, semble-t-il, n’a été que très peu retouché par Eric Valette. Bon technicien et amoureux assume du cinéma de genre, le metteur en scène de Maléfique était bien conscient du danger que de porter à l’écran cette histoire sombre, violente et aux ramifications complexes, dans le cadre d’une production française qui préfère le polar façon gros téléfilm fainéant comme une couleuvre.
Au tout début, on redoute la plantage: l’installation prend de longues minutes – certes nécessaires -, le message politique ne fait pas dans la dentelle et, malgré une photo soignée de Jean-François Hensgens, le manque de moyens se fait ressentir. On a même très peur lorsqu’on aperçoit à l’écran un gendarme campé par Stéphane Henon, connu pour son rôle du brigadier Boher dans Plus belle la vie! Heureusement, le film décolle grâce à un Tomer Sisley tout à fait crédible et une tension qui monte crescendo (pour ne jamais retomber). Puis surgit le personnage d’exterminateur, incarné par Terence Yin, qui en plus de rendre la moindre scène où il apparaît complètement prenante et de former un duo gagnant avec Stéphane Debac (parfait en sidekick terrorisé), confère au Serpent à mille coupures toute sa nature hybride. Eric Valette – lassé des épisodes de Crossing lines et Braquo? – ne veut, décidément, pas se cantonner à un super-épisode du Sang dans les vignes et souhaite proposer, dans les limites de l’exercice, une œuvre de cinéma formellement plus ambitieuse, et métissée. Pour cela, il déroule le grand jeu et assume ses influences sans que, pour autant, celles-ci le noient. Sa trame «fermière» sera celle d’un western tendance Peckinpah, accompagnée d’un soupçon de giallo et relevée au thriller coréen sadique (la mastectomie sans anesthésie, ça doit être douloureux…). L’ensemble pourrait être écrasé par ses modèles, mais la modestie du projet, doublé d’un évident brio dans les scènes d’action et d’une indéniable efficacité narrative – malgré des dialogues un poil trop écrits -, lui confère son statut de vraie bonne série B, crédible et réussie. Bref, Le Serpent… ne s’est pas mordu la queue et n’a rien d’un orvet…

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