Critique

Published on juin 25th, 2017 | by Jean-François Madamour

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[CRITIQUE] LA RÉGION SAUVAGE de Amat Escalante

[CRITIQUE] LA RÉGION SAUVAGE de Amat Escalante Jean-François Madamour

FILM DU MOIS - JUILLET 2017

Summary: Date de sortie 19 juillet 2017 (1h 39min) / De Amat Escalante / Avec Ruth Jazmin Ramos, Simone Bucio, Jesús Meza / Genre Drame / Nationalités mexicain, danois, français, allemand, norvégien, suisse

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Tout commence dans les étoiles. Alejandra vit avec son mari Angel et leurs deux enfants dans une petite ville du Mexique. Le couple, en pleine crise, fait la rencontre de Veronica, jeune fille sans attache, qui leur fait découvrir une cabane au milieu des bois. Là, vivent deux chercheurs et la mystérieuse créature qu’ils étudient et dont le pouvoir, source de plaisir et de destruction, est irrésistible…

Violence des échanges en milieu tempéré. Cinéaste du délabrement social et moral où ça se trucide (Sangre), ça s’explose la tête (Los Bastardos) et ça se torture (Heli), Amat Escalante revient avec un conte cinématographique ouvert au désir, à la violence, aux pulsions de vie et de mort où, pour la première fois depuis le début de sa carrière, il assume de faire du cinéma de genre; en l’occurrence, c’est une parodie de telenovela zébrée d’étrangeté, de sexe et de science-fiction. Un maelstrom du genre très chaos. Un mélodrame baroque mexicain lorgnant vers Antichrist de Lars Von Trier (une scène d’orgie animale vous y fera penser) que l’on pourrait aisément résumer à une variation-remake de Possession de Andrzej Zulawski, à qui le film est dédié. Comme notre regretté Zuzu, Escalante partage exactement la même envie de faire un vaudeville gore, de parsemer des instants de pure sidération plastique et de traduire les convulsions d’un pays – l’Allemagne et son passé honteux dans Possession; le Mexique et son intolérance ordinaire ici.
Passé une jolie séquence inaugurale cosmique (un plan sur une météorite), La Région Sauvage nous renvoie brusquement sur le plancher des vaches en nous donnant à suivre une sorte de sitcom aux enjeux de chronique polyphonique: un couple chez qui le désir a foutu le camp, l’homme qui baise avec le frère de sa femme; la femme qui, sur les conseils d’une amie ravie, découvre les tentacules d’une mystérieuse créature provoquant du plaisir aussi bien chez les femmes que chez les hommes. En illustrant ce marivaudage fluide et cru, Escalante dispense des visions étranges donnant à comprendre qu’il se profile des choses louches. On retrouve, dans certains moments contemplatifs, le Escalante de Los Bastardos, celui qui sait composer les cadres, qui fait sourdre autre chose que ce qu’il montre et qui instille une tension sourde avec une calme détermination, jusqu’à ce que cela devienne irrespirable. La fin est ouverte, tout le film est ouvert, sur une multitude de signes. Et c’est souvent beau comme du Arturo Ripstein.
Des films aussi intrigants, où les scènes se révèlent alignées comme un enchaînement calme d’explosions dévastatrices, vous n’en verrez pas toutes les semaines (et probablement pas en juillet). Reste toutefois deux ombres au tableau: 1. ce n’est absolument pas du niveau WTF de Possession, son modèle certes revendiqué mais aussi hélas écrasant. 2. On ne comprend pas pourquoi, sous prétexte de stigmatiser une société Mexicaine intolérante aux sexualités des autres, Escalante ait jugé utile de punir un personnage très connoté de son propre désir. Certains auront raison de trouver cela moralement douteux. C’est certainement une maladresse pour suggérer la nécessaire puissance du mal dans la détermination des conduites humaines et une volonté de faire un éloge (un poil maladroit) du féminisme dans une société patriarcale. Mais même avec les meilleurs arguments au monde, ça ne fonctionne pas du tout. Alors que sur tout le reste, pas le moindre doute, ça cartonne du tonnerre.

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Ours plumitif.



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