Critique

Published on août 23rd, 2017 | by Jean-François Madamour

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[CRITIQUE] PETIT PAYSAN de Hubert Charuel

[CRITIQUE] PETIT PAYSAN de Hubert Charuel Jean-François Madamour

Depardon? DePalma

Summary: Date de sortie 30 août 2017 (1h 30min) / De Hubert Charuel / Avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners / Genre Drame / Nationalité français

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Peau d’homme, cœur de bête. Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Sa vie s’organise autour de sa ferme, sa sœur vétérinaire et ses parents dont il a repris l’exploitation. Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n’a rien d’autre et ira jusqu’au bout pour les sauver.

Oh la vache, il s’agit bien d’un thriller! Un thriller paysan. Et il est beau comme un premier film. Quelque part entre documentaire et fiction, le jeune Hubert Charuel (31 ans seulement) trouve une forme plutôt séduisante consistant à mixer «le vécu» (fils d’agriculteurs champenois, il s’est inspiré de ses parents et du lieu dans lequel il a grandi) et «l’inventé» (les oripeaux du thriller, le mensonge, le vertige qui en découle…). Tout cette intimité, mélange de réalisme cru et de fantasme de genre, pour nous raconter quelque chose de plus grand et de trop peu traité dans le paysage cinématographique français: la souffrance du monde agricole. On voit les coutures du coup d’essai, on sent bien sûr le souci de «bien faire» jusque dans l’écriture et son mélange des genres (un peu thriller, un peu comédie, un peu social, un peu naturaliste, un peu genre, un peu machin…) et c’est très très paradoxalement ce qui nous prive d’une totale adhésion – alors qu’en vrai, sur le papier, c’est cent fois oui.
Néanmoins, lorsqu’il s’aventure du côté de l’ambiguïté morale, Petit Paysan n’en reste pas moins fort car cathartique et travaillé en sourdine par la solitude terrifiante de son protagoniste, double évident du réal lui-même sauvé de ce monde «cul-de-vache cul-de-sac» par le cinéma. S’y catalyse la somme de toutes les peurs, des plus concrètes (vache folle, fièvre aphteuse) aux plus immatérielles (paranoïa, évocation d’une épidémie par le prisme de la télévision comme rare lien avec le monde extérieur). Au final, un modèle de réussite simple bien de chez nous, fort justement sélectionné à La Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes, qui mériterait une reconnaissance égale voire supérieure au très surestimé Grave. Et notre critique de finir sur une inéluctable «séquence éloge» très Studio Magazine: vous allez le lire partout mais c’est vrai, le comédien Swann Arlaud, flanqué de dizaines de vaches, est franchement épatant (César, ouvre-toi). A tel point qu’il laisse vivre ses vaillants partenaires que sont Sara Giraudeau, India Hair et Bouli Lanners le temps de scènes intenses. Un petit paysan qui deviendra grand acteur. L’avenir lui appartient.

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Ours plumitif.



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