Critique

Published on mars 5th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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[CRITIQUE] LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE de Dominique Rocher

[CRITIQUE] LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE de Dominique Rocher Jeremie Marchetti

Paris of the dead

Summary: Date de sortie 7 mars 2018 (1h 34min) / De Dominique Rocher / Avec Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani, Denis Lavant / Genre Fantastique / Nationalité français

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La fête est finie. La mort dans l’âme, Sam se rend à une fête donnée par son ex petite copine pour y récupérer ses affaires. Une soirée parisienne comme une autre. Exténué, le garçon s’endort dans une chambre de l’appartement. Le lendemain matin, plus grand-chose, si ce n’est des murs couverts de sang, et d’étranges créatures voraces déambulant dans les rues de Paname. Seul survivant d’une terrible invasion, Sam se terre alors dans l’immeuble…

Not another zombie movie. Des zombies en 2018? On dit non. Des zombies hexagonaux en 2018? On dit toujours non. Sans doute parce que l’héritage zombiesque français s’étend du Lac des morts-vivants (Jean Rollin, 1981) à Goal of the Dead (Benjamin Rocher & Thierry Poiraud, 2014) et qu’il fait hélas un peu peine à voir. Adaptant à sa sauce un roman du même nom écrit par Martin Page, Dominique Rocher fait front de ce douloureux problème, bien conscient de passer après des montagnes de dtv et de séries Z qui n’ont pas fini d’appauvrir le mythe du mort-vivant. Sauf que voilà: La nuit a dévoré le monde offre une belle alternative anti-spectaculaire au genre, délaissant les festins anthropophages et les explosions de tête, pour offrir un huis-clos mélancolique plus proche de Je suis une légende (le livre, pas la chose avec Will Smith) que de Braindead. Mieux encore, le résultat creuse un rapport à la solitude, à la folie, à la paranoïa et à la peur des autres qui trempe davantage du côté de Roman Polanski, Le pianiste en tête. Une ruelle, quelques toits à perte de vue s’ouvrant sur une capitale froide comme une tombe, une poignée d’appartement : l’économie de moyens est rafraîchissante et la force d’évocation appréciable, rappelant quelque part un versant parisien à l’étonnant Rammbock: Berlin Undead (Marvin Kren, 2010), sorti en catimini voilà quelques années. Avec la même tristesse qui le berçait dans Oslo 31 Août, Anders Danielsen (dont le physique évoque parfois le Axel Jodorowsky de Santa Sangre) nous ramène à des craintes et à une vulnérabilité plus humaine que les grands bourrins armés jusqu’aux dents qu’on a l’habitude de croiser dans ce genre de production. Idée aussi forte que déstabilisante, les morts – dont un Denis Lavant inattendu – sont privés de leurs grognements de rigueur, froissant leur chair et leur grimaces dans des séquences aussi bien dosées que tendues. Derrière une histoire de survie auquel il est difficile de ne pas s’identifier, se dessine aussi une parabole dépressive jamais alourdie par une symbolique trop prégnante, quelque chose de très fort qu’on avait pas tenté depuis les bouleversants films de Andrew Parkinson (Moi Zombie, chronique de la douleur, 1998).

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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