Critique

Published on janvier 2nd, 2017 | by Thierry Conte

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[CRITIQUE] NOCTURNAL ANIMALS de Tom Ford

[CRITIQUE] NOCTURNAL ANIMALS de Tom Ford Thierry Conte

Too much chaos

Summary: Date de sortie 4 janvier 2017 (1h 57min) / De Tom Ford / Avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon / Genres Drame, Thriller / Nationalité Américain

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Recherche Susan désespérément. Susan (Amy Adams, vieille poupée froide comme la glace), une galeriste d’art lassée par son travail et délaissée par son époux, s’ennuie dans sa villa luxueuse de Los Angeles, mais son existence est bouleversée lorsqu’elle reçoit un manuscrit de son ex-mari Edward (Jake Gyllenhaal). Ce manuscrit raconte la descente aux enfers de Tony (Gyllenhaal bis), dont la femme et la fille ont été enlevées sous ses yeux impuissants sur une route texane, avant d’être ensuite assassinées. Aidé par un officier de police taciturne (Michael Shannon), il entreprend de se venger des malfrats…

Deux en un. Vu les réactions que provoque Nocturnal Animals entre les «très pour» et les «très contre», on se dit finalement que ce qu’il y a de bien avec le cinéma, c’est que personne n’est jamais d’accord. Le seul point sur lequel tout le monde se rejoint, c’est à quel point Nocturnal Animals a tous les atours du film désagréable et malaisant. Tom Ford, sept ans après son déjà grandiloquent A single man, donne carrément le bâton pour se faire battre, dans un geste punk quasi-suicidaire. Autant vous le dire tout de suite: ce Nocturnal Animals est un festival pour les critiques scrogneugneux tant il compile l’ensemble des tics du règne de l’image. Rien que cette intro chic et choc où des femmes obèses dansent et s’exhibent au ralenti fera le tri entre réceptifs et réfractaires. C’est grossier, vulgaire, esthétisant, clippesque, de mauvais goût. Ça dégouline, ça pique les yeux et quelque part, ça fait du bien. De la part d’un esthète du bon goût, sa soudaine prédilection pour John Waters et MTV fait agréablement tache. C’est aussi et surtout une mise en garde: «si vous n’aimez pas ça, sortez de la salle».
Mais la fascination pour cette laideur esthétisée s’étiole vite. Cette histoire de vengeance à double lecture aimerait tant ressembler à du Sam Peckinpah tendance Les chiens de paille, sans posséder d’une part la tension et d’autre part le talent. Tom Ford emballe son film avec un sérieux grotesque, cherchant à maquiller sa réelle nature: celle d’une série B relativement idiote au canevas cliché (amour, trahison, violence, vengeance) et aux séquences obligatoires déjà vues cent fois dans plein de mauvais thrillers pour troisième partie de soirée avec Leelee Sobieski. Au lieu de s’amuser avec les codes, il emberlificote inutilement la narration (mise en abyme, flashback, parallélismes bizarres…) façon Almodovar des mauvais jours, instaurant non pas un climat déstabilisant mais une distance. Se fantasmant branché et moderne, son édifice n’échappe pas en réalité à un snobisme passé de mode (le chic et le choc étroitement liés) ni au grotesque avec ses plans sur Amy Adams toute transpirante-tourneboulée par sa lecture dans sa belle villa à Los Angeles ou encore sur Jake Gyllenhaal impeccablement coiffé alors qu’il vient de passer des nuits en enfer à chercher les membres disparus de sa famille. Comme on est quelque part entre réel et imaginaire, on ne sait pas qui et quoi croire. Quant à la morale réac et misogyne de toute cette affaire en guise de conclusion mystère, comment dire?

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About the Author

Je me lève, je respire, je vis, je dors, je ris, je pleure cinéma. Donc je le critique. Avant au PLUS. Maintenant sur CHAOS REIGNS. Pour toujours.



One Response to [CRITIQUE] NOCTURNAL ANIMALS de Tom Ford

  1. Abitbol says:

    Il n’y a pas de morale misogyne ou réac dans le film. Je ne vois pas en quoi le réalisateur a essayé de faire passer le moindre message ou parti pri idéologique / politique.
    Edward ne se sert pas de son roman pour condamner l’avortement de Susan sur des bases religieuses ou d’autorité patriarcale. Son roman lui sert à faire son deuil d’une vie qu’il aurait pu / voulu passer avec la femme qu’il aime et de l’enfant qu’ils auraient pu avoir ensemble (le film rappelle suffisamment son caractère romantique). L’avortement est ici condamné de manière purement contextuel et non sur des principes moraux d’un autre temps.
    C’est vraiment dommage, ce côté « chien de garde » de la bonne morale qui vous fait aboyer dès que vous voyez quelque chose qui sort des clous, pasque pour le coup, vous passez à côté du sens du film. Et encore heureux que vous n’ayez pas relevé le fascisme latent (qui rappelle les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire) derrière l’idée de faire justice soi-même. La critique a évolué depuis les années 70, mais il lui reste visiblement encore un peu de boulot…

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