Critique

Published on janvier 3rd, 2017 | by Jean-François Madamour

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[CRITIQUE] NERUDA de Pablo Larrain

[CRITIQUE] NERUDA de Pablo Larrain Jean-François Madamour

Beau travail

Summary: Date de sortie 4 janvier 2017 (1h 48min) / De Pablo Larraín / Avec Luis Gnecco, Gael García Bernal, Mercedes Morán / Genres Drame, Biopic, Policier / Nationalités Chilien, Argentin, Français, Espagnol

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This is not another biopic. 1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète. Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.

«Il meurt lentement celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas, celui qui n’écoute pas de musique, celui qui ne sait pas rire de lui-même.» Alerte, le réalisateur chilien Pablo Larrain s’est reconverti as du biopic à deux reprises: la première, c’est ce Neruda; la seconde, c’est Jackie le mois prochain. Surprise: les deux films sont non seulement réussis mais surtout ils échappent assez miraculeusement aux pièges hagiographiques. En d’autres termes, ce sont de faux biopics (pas la peine d’être incollable sur Neruda et Jackie pour se passionner) et c’est assez rare pour être félicité. On l’avait bien compris avec ses passionnants précédents longs métrages (No, El Club…), Larrain ne brode pas de l’image d’Épinal, il œuvre plus dans l’onirisme dérangeant, dans le faste éteint, dans le planant chaos. Et ça se confirme ici dès les séquences inaugurales, des soirées décadentes en bordels, alors que les membres du parti sont traqués par la police du dictateur argentin Videla. Obsédé par sa propre légende, égoïste, suffisant, parfois presque cruel: l’icône de la gauche sud-américaine Pablo Neruda, interprété par un Luis Gnecco à la ressemblance frappante, tombe carrément de son piédestal. Comme plus tard l’icône Kennedy va réaliser que sa vie de première dame reposait sur une illusion morbide.
Dans Neruda, Larrain se concentre sur un aspect de sa vie: l’interdiction en 1948 du parti communiste chilien, dont il est un sénateur, puis sa fuite. Un épisode épique passé à la postérité – Pablo Neruda le racontera en recevant le prix Nobel de Littérature en 1971. Rien n’est épargné à la mémoire de l’homme mort deux ans plus tard dans des circonstances toujours mystérieuses. Lui qui s’est imaginé un destin romantique de héros traqué à travers son pays en entrant dans la clandestinité. Seul bémol: le dernier tiers qui mélange road-movie et enquête policière à travers le Chili, lorsque le poète est poursuivi par l’inspecteur Peluchonneau (Gael Garcia Bernal), fait un tantinet ralentir la cadence. C’est dur de tenir la distance avec de l’introspection et de la littérature quand on démarre en fanfare avec des situations rythmés et des dialogues cocasses. Restent les images de la Cordillère des Andes incroyablement belles, les mouvements de caméra aériens et l’ambition têtue de faire un «film poétique à la Neruda» et non «un film sur Neruda».

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