Critique

Published on novembre 14th, 2017 | by Jean-François Madamour

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[CRITIQUE] LE MUSÉE DES MERVEILLES de Todd Haynes

[CRITIQUE] LE MUSÉE DES MERVEILLES de Todd Haynes Jean-François Madamour

Bien zoli, bien poli (un peu trop)

Summary: Date de sortie 15 novembre 2017 (1h 57min) / De Todd Haynes / Avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore / Genre Drame / Nationalité Américain

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Des monstres merveilleux. Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Quand Todd Haynes réalise un film Amazon pour les n’enfants. A priori, rien de plus chaos que le réalisateur de Safe œuvrant pour les chiards après son immense film-somme qu’était Carol. Mais il faut calmer les ardeurs des plus têtus: le résultat, plus phagocyté que punk, n’est pas aussi «chaos» que prévu, pas si éloigné au fond de ce que Martin Scorsese proposait avec Hugo Cabret. Dépourvu de tout esprit de subversion tout en étant animé par une véritable candeur, Todd Haynes signe une ode au cinéma au premier des degrés racontant à travers les destins de deux enfants sourds à cinquante ans d’intervalle et à travers eux la solitude et de l’émerveillement de l’enfance. Elle est sourde de naissance et trompe son ennui en allant voir des films muets qui s’apprêtent à être remplacés par le parlant; lui vient de perdre sa mère (Michelle Williams, mimi) et perd l’audition après avoir été frappé par la foudre. Tous deux vont s’enfuir à New York sur les traces d’un parent absent: le père que Ben n’a jamais connu, la mère que Rose aimerait voir plus souvent. Une échappée dans la Grosse Pomme à hauteur d’enfant donc, qui n’est pas sans évoquer certains romans de Charles Dickens, peuplés d’orphelins à la recherche de leurs origines. De là à dire que le film ne ressemble pas aux autres films de Todd Haynes? On aurait tort.
Car on retrouve bien le Todd Haynes sophistiqué, érudit, citant le passé pour traduire un malaise bien présent et bien persistant, se réfugiant dans le décorum du film d’époque pour questionner la différence aujourd’hui, comme il le faisait assez magistralement dans Loin du Paradis où il empruntait tous les codes dramatiques des mélos de Douglas Sirk pour en dire long sur nos diktats contemporains. Il serait assez dommage de ne voir en ceMusée des merveilles qu’une compromission; se joue davantage ici la démonstration d’un artiste fétichiste, alors en pleine possession de ses moyens sur son précédent long métrage (Carol), qui rejoue aux poupées, qui rebat les cartes, qui évolue bon gré mal gré, qui cite Le Vent de Victor Sjöström comme Miracle en Alabama d’Arthur Penn en balises cinéphiliques, qui privilégie les images et la temporalité aux dialogues, qui prend le risque du film expérimentalo-bipartite bourré d’artifices jusqu’à la gueule, mêlant une partie en noir et blanc empruntant aux codes du muet et à l’expressionnisme et une autre partie, dépeignant le New York grouillant des années 70 à travers une palette chaude et une musique aux accents funk. Soit une évocation binaire certes mais poétique, toute en contrastes et en subtilités, rappelant le talent formel de son conteur; et, si l’on se laisse porter, ce peut être beau. Du travail d’orfèvre, beau oui comme Bowie, parlant comme Zarathoustra, puissant comme le faux, où l’on s’invente des mondes pour réinventer le sien, où l’on communique à travers des signes et des chansons, au-delà de l’espace, du temps et des mots. Vous pensiez Todd Haynes fatigué? Au contraire, il continue de nous étonner!

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Ours plumitif.



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