Critique

Published on décembre 2nd, 2017 | by Jeremie Marchetti

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[CRITIQUE] MUSE de Jaume Balaguero

[CRITIQUE] MUSE de Jaume Balaguero Jeremie Marchetti

Muse à mort

Summary: Date de sortie 29 novembre 2017 / De Jaume Balagueró / Avec Elliot Cowan, Franka Potente, Ana Ularu / Genres Epouvante-horreur, Fantastique, Thriller / Nationalité espagnol

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À sortie très technique… Toujours endeuillé par le suicide inexpliqué de sa compagne, Samuel a tout laissé tomber: sa classe de littérature, ses écrits, son entourage. Mais un cauchemar récurrent vient le hanter: une femme inconnue qu’on égorge dans une immense baraque lugubre. Un acte criminel qui aura alors bel et bien lieu quelques jours plus tard: en se rendant sur les lieux du crime, Samuel rencontre une jeune femme guidée par les mêmes raisons…

Foirage très artistique. Si vous vous demandiez pourquoi le nouveau film de Señor Balaguero sortait de manière aussi confidentielle dans l’Hexagone, eh bien, sachez qu’il y a de bonnes raisons à cela. A l’exception du très sympathique Malveillance, l’un des cinéastes les plus prometteurs du genre horrifique hispanique, qui a – rappelons-le – posé quasiment les bases esthétiques de tout un pan du cinéma d’horreur espeluznante, s’est fait dévorer tout cru par les séquelles de son formidable Rec qui mêlait très habilement le found footage, le huis-clos sous quarantaine et le possession flick. Les dernières nouvelles remontaient donc à un Rec 4 abominable, qui fit encore pire que les suites délaissées à son comparse Paco Plaza. Il y a fort à parier que toute cette agitation a laissé le bonhomme exsangue. Plutôt qu’un événement potentiel, son nouveau long est distribué en catimini en salles, comme une défenestration que personne ne verrait. Bien que très éloigné des tendances actuelles, Muse catapulte le réalisateur de La secte sans nom en Irlande, nouveau berceau du cinéma d’horreur indé; ce qui l’autorise à fignoler un film qui semble bien avoir quinze ans de retard au compteur. Pour dire les choses très franchement, Muse évoque ni plus ni moins qu’un fond de tiroir de Gerardmer, qui enchainait il y a encore quelques années les bandes fantastiques made in Espana sans saveur ni odeur. Manoirs obscurs, ciel orageux, groupuscules occultes, premier degré à fond les ballons, trauma de rigueur, zeste de gore et sanatorium abandonné: Balaguero a beau faire une compil de tout ce qui avait fait son succès, absolument rien n’y fait. Avec sa mise en scène totalement anonyme, sa photo numérique sans charme, ses clichés en pagaille (veuf qui pleure, mère courage, pimp cockney en mode De Niro, vieillard qui sait tout et en dit trop) et ses scènes horrifiques sans impact, tout sonne incroyablement faux. Ce qui est plus étonnant, c’est de voir un casting éclectique et à vrai dire, pas si médiocre, où se bousculent Franka Potente, Christopher Lloyd ou Joanne Whalley (très méchante comme on aime), mais surtout de déceler une envie secrète derrière ce scenario à la Hellraiser, où un pauvre quidam doit fuir de vilaines sorcières en place des cénobites (on y trouve même un œuf à la place du cube). Celle de réaliser peut-être un Mother of Tears sérieux jusqu’au bout des ongles, avec ses muses dignes des mères d’Argento: on y retrouve même une witch goth asiatique comme dans le nanar rocambolesque de Padre Dario (et qui ne se prend pas une porte de train dans la tronche, elle). Louable intention, qu’elle soit volontaire ou pas, décorée d’idées superbes mais très mal exploitées (le pouvoir des mots et l’utilisation de la poésie en particulier): pas assez pour sauver ce Muse du naufrage.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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