Critique

Published on avril 29th, 2018 | by Thomas Agnelli

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[CRITIQUE] MARION de HPG

[CRITIQUE] MARION de HPG Thomas Agnelli

Summary: Date de sortie 25 avril 2018 (1h 02min) De HPG / Avec HPG, SLND, Eeciahaa / Genre Erotique / Nationalité français

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HPG est HPG. Il n’est pas Vincent Gallo. Si nous sommes tous ok pour dire que HPG est HPG, il est aussi Gus, son double. Car s’il s’appelle Hervé, il s’appelle aussi Gustave. HPG, c’est Hervé Pierre Gustave. Mais dans le film, c’est Gus. Et Gus a 49 ans, toutes ses dents. il se sent vieux, il se sent vieillir, il se tape des jeunes pour se convaincre d’être encore dans le coup et se demande si c’est bien sérieux. C’est par contre bien sérieux de se soucier de savoir s’il peut encore bander. Devant, notamment une jeune qui le toise. Alors Gus court après les réponses à ses questions, bite au vent, en pleine rue, la nuit, à la recherche d’une femme nue à vélo, poursuivant LA femme comme une chimère. Arrivera-t-il à oublier Marion, la femme qu’il aime peut-être encore? Vaste question. Mise en abyme polie. HPG en perruque. Spectatrice assise et assidue. Puis piscine, baise et partie de badminton pour tout le monde!

«On peut pas faire l’amour sans cérébraliser?» Allergiques à HPG, passez votre chemin. Les autres, restez! C’est bien sûr très pratique d’asséner ça mais c’est ainsi que l’on pourrait résumer tous les films de HPG et celui-ci plus particulièrement tant il est fragile. Film résolument fauché, mal éclairé et bizarrement gaulé, Marion a beau être redondant et piétinant (comme toute errance, au fond), il n’en possède pas moins un charme certain, dû à 99%, soit en très grande partie, à son irrésistible énergumère qui, en d’autres décennies, aurait fait des miracles comme comédien chez Marco Ferreri (La grande bouffe, Rêve de singe etc.); or, faute de Ferreri et de cinéastes aussi fous que lui, il se retrouve désormais bien à poil et se pose des questions de hardeur cinquantenaire: est-il encore possible de faire l’amour à un âge où l’on a épuisé toutes les illusions? En d’autres termes, est-il encore possible de bander lorsque l’on a fait du porno pendant trois décennies? La réponse est «possible» mais rien n’est aisé, tout est hard et ardu. L’enjeu est là: est-ce qu’il existe plus débandant qu’un ou une partenaire parlant psycho pendant un acte sexuel? Superhéros du porno, HPG veut relever ce défi impossible en imposant à toutes ses partenaires du verbiage qui pousse à la débandade. On écoutera attentivement la voix-off de Marion (celle de Gwenaëlle Baid, vraie compagne de HPG) qui traduit bien le côté torturé chez HPG, lui qui aime tant à jouer au (faux) bouffon face caméra. On appréciera au passage le joyeux esprit punk de notre frondeur qui, d’une commande porno de Canal+, aura réussi un film résolument pas porno. Porno, certes, dans sa forme (succession de coïts) mais pas porno dans le but (plus de dialogue que de sexe). Un film qui manie tout avec son contraire. C’est drôle de prime abord (HPG qui court nu comme un ver, c’est très burlesque, genre Tex Avery pour adultes) mais pas drôle dans le fond (vieillir, c’est vieillir mal). HPG bande mais il ne bande plus vraiment. Il y a bien des rapports sexuels à l’écran mais comme dirait l’autre, il n’y a pas de rapport sexuel. C’est une expérience finalement assez troublante que d’assister à cet évident autoportrait qui, s’il n’est pas totalement abouti et donne l’impression que notre HPG s’est perdu en cours de route (trop de réflexion et de doute, trop de solitude aussi), donne toujours autant envie de suivre son auteur dans ses jouissifs délires.

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