Critique

Published on avril 15th, 2018 | by Jean-François Madamour

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[CRITIQUE] L’ÎLE AUX CHIENS de Wes Anderson

[CRITIQUE] L’ÎLE AUX CHIENS de Wes Anderson Jean-François Madamour

Summary: Date de sortie 11 avril 2018 (1h 41min) / De Wes Anderson / Avec Vincent Lindon, Isabelle Huppert, Romain Duris / Genres Animation, Aventure / Nationalités allemand, américain

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Doggy in Japan. Dans la ville imaginaire de Megasaki, dans un Japon fantasmé et futuriste où les chiens n’ont plus le droit de cité. Face à une épidémie de grippe canine, le maire Kobayashi – tout droit sorti d’un film de Kurosawa – prend un décret pour les mettre en quarantaine. Séparés de leur maître, retirés aux familles, les chiens sont envoyés en exil sur une île jonchée de déchets, Trash Island, et menacés à terme d’extinction. Une décision que ne supporte pas Atari, 12 ans, un jeune orphelin ayant des liens familiaux avec le maire. Sans rien demander à personne, il part à la recherche de son fidèle compagnon, Spots.

Joli à regarder mais vain. Pour sa deuxième incursion dans l’animation après Fantastic Mr Fox (2009), Wes Anderson rend hommage en stop-motion à un cinéma japonais passant de Hayao Miyazaki à Akira Kurosawa. Ces deux références de conteurs, ouvertement citées par le Dandy à chemise blanche, disent à quel point il avait envie de raconter une histoire liée à l’enfance et à la solitude. Dans ce cadre nouveau, Wes Anderson ne peut s’empêcher de renouer avec son univers tendre et mélancolique, ses images pétries de références et son goût marqué pour les plans à la symétrie parfaite. Le résultat tient de la jolie fable charmante comme Wes sait les trousser, splendidement illustrée et thématiquement riche, où tout ce qui est délicat, drôle et maniériste chez lui trouve une résonance politique. La forme animée incite à tort à penser que le spectacle s’adresse avant tout aux enfants mais comme dans les autres Wes Anderson, le fond est bien moins léger et il ne faut jamais oublier que si l’auteur privilégie la vitesse, c’est pour mieux fuir l’inertie et la mélancolie.
Rassemblant les voix d’acteurs américains (incarnant principalement des quadrupèdes) et d’acteurs japonais (dans le rôle d’humains), L’île aux chiens mélange les deux langues dans une subtile alliance et a très peu recours aux sous-titres, offrant aux spectateurs une expérience de dépaysement. Ce qui donne lieu à cette belle idée, fluide à l’écran, selon laquelle peu importe au fond que l’on ne comprenne pas les mots, le principal consiste à ce que l’on comprenne les émotions. Toutes ces qualités réelles n’ont pas suffi à faire taire les rageux qui ont notamment dénoncé la vision stéréotypée du Japon. D’autres y ont vu un radotage stylé et creux d’un auteur à système confronté à chaque film à l’auto-académisme. On comprend ce qu’ils veulent dire. Tout ce qui constitue la marque de fabrique de Wes Anderson depuis ses débuts est identifiable dès les premiers plans et ne bougera plus d’un iota. Soient un univers forclos et atypique, un argument purement fonctionnel, une stylisation des décors, une bande de scénaristes indéboulonnables (Roman Coppola, Jason Schwartzman). Bien sûr, on ne reprochera pas à Wes Anderson de ne pas être fidèle à lui-même – au contraire, on pourrait lui reprocher de l’être trop et ce en dépit de sujets neufs chez lui (l’intolérance, la destruction de la planète et les dérives politiques), trop grands pour être rangés dans une boîte de poupée. Mais l’élégance, l’imaginaire, la poésie, la fantaisie, la générosité et l’intelligence sont des denrées trop rares et trop précieuses en ces temps sombres pour ne pas se réjouir du foisonnement de ce plaidoyer antispéciste.

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Ours plumitif.



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