Critique

Published on février 6th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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[CRITIQUE] JUSQU’A LA GARDE de Xavier Legrand

[CRITIQUE] JUSQU’A LA GARDE de Xavier Legrand Jeremie Marchetti

N'oublie pas que tu vas t'évanouir

Summary: Date de sortie 7 février 2018 (1h 33min) / De Xavier Legrand / Avec Denis Ménochet, Léa Drucker, Mathilde Auneveux / Genre Thriller / Nationalité français

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Pur film d’horreur. Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive.

Le jour du chasseur. Portes qui grincent, talons qui claquent: le temps d’un instant, le couloir d’un palais de justice pourrait être celui du couloir de la mort. La juge, deux avocates et un couple de quadras sont réunis pour mettre au point un divorce comme il y en a des milliers. Sans doute trop. La surprise, c’est de voir les points de vues du couple, évidemment le cœur du film, d’abord effacé, mis de côté. Les voix et les regards qui portent le spectateur, ce sont celles qui défendent l’affaire, avec un acharnement qu’on devine parfois malaisant. Le spectateur choisira sa place, de préférence inconfortable. Monsieur tient à voir ses enfants, qui ne veulent plus le voir. Madame voudrait s’enfuir. L’étau se resserre en silence, une seconde après l’autre. Gorge sèche, mains moites. Le film, lui, ne vient que de commencer. À l’inverse de nombreux réalisateurs en mal de premier sujet, Xavier Legrand n’a pas opté pour un remake de son court Avant de tout perdre, déjà fortement récompensé, et en livre une suite logique. Même credo alors: emmener un sujet «nécessaire» vers du vrai cinéma, et contourner l’exercice du tv film F2 illustratif. Léa Drucker, livide, le souffle coupé, endosse à nouveau sa défroque de mère courage qui souhaiterait enfin retrouver la paix. Pour contenter la justice et l’ex mari déglingué, le plus jeune des enfants devra se plier au fameux week-end sur deux, dans un état proche du condamné guidé à l’échafaud. Toutes les scènes où le petit Julien doit retrouver son ogre de père, le temps d’un long trajet en voiture, ressemblent à des plongées en sous-marin où le spectateur court après l’oxygène. Dans une rigueur éclatante et une ascète quasi-absolue (zéro musique, scénar léger), le film manque toujours d’être à deux doigts du achtung achtung: ce qui l’en détourne, c’est l’empathie intégrale du réalisateur pour cette famille hantée par un papa ours dont les échanges ressemblent à une promenade en terrain miné. Plutôt que le sordide, Legrand mise tout sur la tension, les silences, les non-dits: faire ressentir jusqu’à l’épuisement le calvaire des pourchassés, dont le cauchemar quotidien s’apparente à un film d’horreur permanent. Évitant de se perdre dans méandres d’explications, Jusqu’à la garde laisse tout à l’imagination, aux tournures de phrases, aux visages qui tremblent: ce qui s’est passé, ce qu’on ne sait pas, on le lit dans les yeux pétrifiés de peur, dans la trouille infinie des personnages. Comme cette scène où seule Léa Drucker comprend la détresse de sa fille en plein concert, alors que personne ne semble prendre conscience de ce qui lui tord les boyaux à cet instant. Grand habitué des figures patibulaires, Denis Menochet n’a jamais été aussi pesant et habité, dévorant par sa carrure et sa voix tout ce qui ose remplir son espace. Et puis il y a ce final en crescendo, qui laisse littéralement à l’état de carpette: la terreur, la vraie, juste sur votre palier.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



One Response to [CRITIQUE] JUSQU’A LA GARDE de Xavier Legrand

  1. Nigel says:

    Première fois de ma vie que je suis sorti d’une salle de cinéma avec l’envie de me rouler en boule pour pleurer. Vraiment. J’étais pas bien.

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