Critique

Published on juin 5th, 2018 | by Baptiste Liger

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[CRITIQUE] JURASSIC WORLD : FALLEN KINGDOM de Juan Antonio Bayona

Et voici le Bébête show… Trois ans après la destruction du super-Thoiry insulaire mettant à l’honneur des dinosaures, l’entité d’Isla Nubar voit son volcan se réveiller, et la probable éruption risque fort d’exterminer les quelques spécimens ayant survécu. L’ancienne responsable du parc, Claire (Bryce Dallas Howard), répond alors à l’appel de Sir James Lockwood (James Cromwell – l’ex-proprio de Babe le cochon !), grand défenseur de la cause animale, et de son responsable exécutif (Rafe Spall), pour retourner sur les lieux afin de récupérer coûte que coûte les créatures afin de les sauver. Elle prend donc la direction de l’île en compagnie d’une super-véto à lunettes (Daniella Pineda), d’un geek froussard (Justice Smith) et, surtout, de son ancien boyfriend (Chris Pratt) – qui avait élevé et dressé le raptor Blue, souvenez-vous. Sur les lieux, l’équipe retrouvera une bande de mercenaires patibulaires, guère préoccupés par les questions spécistes ou zoologiques. Pendant ce temps-là, à des milliers de kilomètres, des généticiens sont en train de créer de toutes pièces une prototype reptilien encore plus terrible que le T-rex: l’indoraptor et ses griffes redoutables…

(Pré)histoires naturelles. Comme dirait Thierry Roland, rien ne ressemble plus à un Jurassic Park qu’un autre Jurassic Park (ou World). C’est à la fois la force et la limite de cette franchise, inaugurée par Steven Spielberg en 1993 d’après le best-seller de Michael Crichton. Le cahier des charges du canevas narratif, de la caractérisation des personnages et des scènes obligatoires, s’est ainsi montré particulièrement contraignant au fil des épisodes.

Aussi, les cinéastes ayant récupéré le contrat après le Boss Spielby n’ont pas forcément réussi à imposer leur papatte et à renouveler le sujet. Si l’artisan Joe Johnston avait joué profil bas dans le troisième opus (co-écrit par Alexander Payne), non sans un certain savoir-faire, le bourrin Colin Trevorrow avait sorti la grosse cavalerie 3D mais avec une personnalité de dorade. C’est sans doute pour donner un peu d’âme et de piquant à une recette bien rigide qu’on a fait appel à J.A. Bayona, dont la côte n’a de cesse de grimper à Hollywood. Ce nom n’a d’ailleurs rien d’illogique quand on sait qu’il a déjà abordé l’effroi enfantin (L’Orphelinat, Quelques minutes avant minuit) et les catastrophes naturelles (The Impossible). Comment l’Espagnol allait-il relever le défi pour des spectateurs voulant avant tout voir des méchants se faire dévorer vivants par des dinos affamés qui, à l’occasion, se castagnent entre eux ?

Il s’en sort dans les détails, grevé par un scénario trop fonctionnel pour passionner – justement co-signé par (ce boulet) de Trevorrow -, qui enquille les passages obligés et multiplie les seconds rôles pas assez fouillés (que fout Jeff Goldblum ?) et pas toujours très bien campés, sur fond de parabole écolo pas forcément sincère. Si Jurassic World : Fallen Kingdom se laisse voir avec un certain plaisir, c’est que Bayona a compris que l’intérêt de son long-métrage tiendrait, au-delà de la réussite technique, dans les petits riens et le sens du rythme.

Le cinéaste sait ainsi surprendre dans le surgissement dans le cadre et dans la manière d’instaurer la tension. Il aime prendre son temps, définir son espace, construire une scène à partir d’un œil qui s’ouvre ou un craquèlement de verre, faire durer le plan plus qu’il ne le devrait (on saluera une formidable scène d’angoisse aquatique et une étonnante prise de sang sur T-Rex !). Il sait donner un temps d’avance au spectateur à un moment pour mieux le perdre quelques minutes plus tard. Et, rien à faire : dans l’instant, on marche.

L’ensemble est par ailleurs emballé avec une petite dose de poésie qui, si elle paraît frelatée aux yeux de certains, n’en équilibre pour autant pas moins ce plutôt bon blockbuster aux airs de mise en abyme involontaire : l’indoraptor boulimique qui se baffre de troufions et types en costards ne serait-il la projection du spectateur ingurgitant mécaniquement ses confiseries ? Allez, fais tourner le paquet…

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[CRITIQUE] JURASSIC WORLD : FALLEN KINGDOM de Juan Antonio Bayona Baptiste Liger

Summary: date de sortie : 6 juin 2018 (2h08) / De J.A. Bayona / Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Rafe Spall, Justice Smith, Daniella Pineda, James Cromwell, Toby Jones, Ted Levine, B.D. Wong, Isabella Sermon, Geraldine Chaplin, Jeff Goldblum... Genre : fantastique / Nationalité : américaine

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