Critique

Published on octobre 8th, 2017 | by Jean-François Madamour

0

[CRITIQUE] HAPPY END de Michael Haneke

[CRITIQUE] HAPPY END de Michael Haneke Jean-François Madamour

Achtunguerie

Summary: Date de sortie 4 octobre 2017 (1h 48min) / De Michael Haneke / Avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz / Genre Drame / Nationalités français, autrichien, allemand

3


LOL. À Calais, une famille de bourgeois refuse de voir la crise des migrants. Elle est perturbée par l’arrivée d’Eve (Fantine Harduin), la jeune fille de Thomas (Mathieu Kassovitz), docteur et fils de George (Jean-Louis Trintignant), un vieil homme aigri et suicidaire. Chacun des membres de la famille cache un secret inavouable: Eve a des pulsions meurtrières et a empoisonné sa mère dépressive avec ses antidépresseurs; son père trompe sa nouvelle femme frigide avec une violoncelliste, partageant avec lui ses fantasmes sadomasochistes; Anne (Isabelle Huppert) est la mère d’un homme dépressif qui refuse de diriger leur société, marquée entre-temps d’un accident mortel sur un chantier; le grand-père George, échouant à se donner la mort à de nombreuses reprises, avoue à sa petite-fille Eve qu’il a lui aussi des envies de mourir et qu’il a étouffé sa femme gravement malade. Alors que Calais est envahi par les migrants, la famille, malgré leurs névroses cachées, tentent d’ignorer leur arrivée pour vivre comme si de rien n’était.

Famille je vous hais. Cassons tout de suite le suspense: Happy End est aussi happy que Funny Games est funny. Et pas de doute, avec tous les thèmes qu’il brasse (la bourgeoisie déshumanisée, la famille qui implose, la vieillesse naufragée et tout autour, la mort), nous sommes bien chez Michael Haneke! A tel point que celui qui a vu tous ses films précédents et qui en est fan (comme toute la rédaction Chaos, en gros) n’est pas franchement dépaysé. On peut même à raison parler de film-somme concernant Happy End: le rapport intime aux images et la distorsion du réel par les écrans renvoient à Benny’s Video et à Caché; le grand-père Trintignant est le personnage principal de Amour; la mère abusive Huppert et les névroses de la sexualité renvoient à La Pianiste; la violence sourde et la famille bourgeoise, aveugle et sourde à la souffrance autour d’elle évoquent toute sa filmographie. Soyez-en sûrs: la fête est totale. Et la fête de se révéler drôle, donnant à rire de nos précieuses ridicules (un drame bourgeois de même qu’un vaudeville bourgeois ne sont que des gouttes d’eau dans l’horreur du monde). Quelque chose comme une comédie de la glaciation émotionnelle.
On a trop souvent lu d’âneries sur le cinéma de Michael Haneke, à savoir que celui-ci rimait avec théorie en bobine et punition SM pour commencer à sortir les crocs lorsque celui-ci se montre plus accessible avec un refus clair du vernis spectaculaire (pas de climax pour faire crier de scandale toute la salle), un discours 2.0 (Internet a peut-être pris la fonction de la confession à l’église aujourd’hui) et une empathie réelle avec ses personnages, perceptible notamment dans la relation triste et belle entre le grand-père Trintignant et sa petite fille Fantine (avec à la clé un dialogue terrible suggérant que tout les oppose mais que la mort les rapproche); cette même compassion dont Haneke avait déjà fait montre par le passé dans Code Inconnu. La boucle est bouclée et à regarder, c’est souvent génial dans le genre achtung achtung. Mais, en dépit d’un sujet nouveau enfin exploité (Internet, les Smartphone…), Haneke semble cette fois un peu dépassé par ce grand tumulte 2.0 qu’il juge de trop loin, pas de manière aussi percutante qu’à l’époque de Benny’s Video. Pas sûr aussi que la forme de la chronique polyphonique, brassant trop de sujets à la fois, s’avère la meilleure pour raconter quelque chose sur la génération à venir. A moins que ce soit une manière intelligente de nous dire qu’autrefois, chaque film nous constituait de façon intime, que désormais il participe de la superconnexion neuronale qui n’oublie rien et s’alimente au grand tout numérisé et que malgré tout le pixel n’a rien changé à nos affects.

Spread the chaos

Tags:


About the Author

Ours plumitif.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑

error: Chaos Reigns !