Critique

Published on mars 8th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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[CRITIQUE] GRAVE de Julia Ducournau

[CRITIQUE] GRAVE de Julia Ducournau Jeremie Marchetti

Gravement grave

Summary: Date de sortie 15 mars 2017 (1h 38min) / De Julia Ducournau / Avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella / Genres Epouvante-horreur, Drame / Nationalités Français, Belge

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Trouble Grave Every Day. Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

La mère Denis est déjà passée par là. D’emblée, il est impératif de dissiper le bad buzz qui est tombé sur le coin de la figure de Grave: le film de Julia Ducournau, bien que parfois graphique, n’a rien d’un Cannibal Holocaust prompt à faire évanouir des spectateurs ou à «faire flipper sa race de ouf» (coucou Nighty). À part sans doute pour les malheureux n’ayant jamais rien vu de leur vie. Étouffée par des parents bobovégétariens qui donnent vite fait l’envie de s’émanciper, la frêle Justine quitte le foyer familial pour débuter ses études vétérinaires, rejoignant alors une frangine plus délurée. Pas de répit pour les bizuts: c’est le début de l’année, et les petits nouveaux sont accueillis à grands coups d’humiliations et de fêtes décadentes. Mais après avoir été forcée à ingérer de la viande crue, Justine subit une réaction allergique violente. Puis arrivent des envies de viande violentes, et pas forcément animales…
Au sein d’un cinéma de genre français ayant atteint une pauvreté abyssale, Grave fait drôlement tâche (dans le bon sens, hein), à tel point que son second buzz, lié à ses véritables qualités plus qu’aux hectolitres de sang déversé, semble devenu incontrôlable. Sans doute l’effet de voir un film de genre français échapper aux ornières habituelles: les références trop lourdes, l’esprit «genre vs auteur», les comédiens à la ramasse ou le syndrome du court étiré. Et, en ce qui concerne le côté «court étiré», il est vrai que la tentation était grande en repensant à Junior, le court très remarqué de Julie Ducournau qui posait déjà des bases certaines, avec un regard sans concession sur le corps adolescent. Un premier jet qui explorait la puberté comme une mue, une transformation cronenbergienne chelou, leitmotiv très présent chez nos réalisatrices françaises chaos (Lucile Hadzihalilovic, Marina de Van ou Claire Denis). Grave, lui, en garde quelques miettes mais passe à l’étape suivante, à savoir l’âge où le désir explose, l’âge des expérimentations, du moment où on se lâche, où la chair est reine. Le campus en sera une plate-forme rêvée. Ce qui fait que Grave ressemble fortement à la fusion (avouée?) de Trouble Everyday et La crème de la crème. Il n’est pas interdit non plus de penser à ces très nombreux films indé ayant essayés de marier sexe adolescent et horreur trash, tendance Dead Girl, Teeth, Excision… qui s’étaient alors plus ou moins plantés pour les mêmes raisons. Prétentieux, boiteux, inaboutis…
Grave peut au moins se targuer d’une personnalité forte en gueule, qui a le sens des détails grotesques et organiques (épilation loupée, dentier en vrac, peau arrachée, corps peinturluré, cheveux régurgités, cheval autopsié, oculolinctus…), fignole sa petite galerie de personnages (Garance Marrilier, étonnante en petite puce devenue fleur carnivore, Ella Rumpf et son perso de sœurette rivale/alliée évoquant celui de Fairuza Balk dans The Craft, Rabah Nait Oufella en fantasme beur), mais ne vole pas haut quand il se décide enfin à affronter sa partie horrifique (qui débute dans une séquence pourtant assez barjo). L’éveil sexuel (illustré dans une scène bien embarrassante), le sang, les hormones en fusion, la chair, l’envie, le cannibalisme… Tout ça, on l’a vu chez Tata Denis (ou du côté des films de vampires), et Ducournau ne va guère plus loin, fuyant par une note finale très E.C Comics. Tout ça n’est pas peut-être pas si grave [rire dans l’assistance], surtout si la bonne aura du film de Ducournau offre la possibilité de relancer un certain cinéma de genre hexagonal.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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