Critique

Published on mars 6th, 2018 | by Thierry Conte

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[CRITIQUE] GHOSTLAND de Pascal Laugier

[CRITIQUE] GHOSTLAND de Pascal Laugier Thierry Conte

Tout est chaos

Summary: Date de sortie 14 mars 2018 / De Pascal Laugier / Avec Crystal Reed, Anastasia Phillips, Mylène Farmer / Genre Epouvante-horreur / Nationalités français, canadien

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Quand on est client d’horreur, on applaudit. Suite au décès de sa tante, Pauline aka Mylène et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque…

La peur n’a pas été aussi bonne depuis longtemps. Enfin, on tient un grand film d’horreur qui fait mal partout! Excitant répulsion et mauvais sentiments. Donnant envie au spectateur de s’accrocher au fauteuil jusqu’à mettre les accoudoirs en charpie. Nostalgique des séries B bien malsaines des années 80 et écœuré par le spectateur de 2018 accro à son smartphone, Laugier ne s’est pas calmé depuis Martyrs en proposant un film intemporel, sans âge, à la fois très ancien (sans tomber dans le cheap) et très nouveau (sans s’abimer dans le post-moderne). Après The Secret avec Jessica Biel, le cinéaste revient et il est encore plus méchant nous racontant la dérive des filles du calvaire martyrisées comme des poupées qu’un psychopathe veut casser. Le premier mot qui résulte d’un tel écheveau, c’est le ludisme de la série B aussi dégoûtante que subversive. Cette manière de prendre le genre au premier degré, de jouer des coups de théâtre, de manier les jump-scare avec intelligence (sans en dire trop, à chaque jump-scare, on change de réalité et donc d’univers réel ou mental) participe largement au plaisir éprouvé. Du cinéma comme on l’aime, c’est-à-dire sale, impoli, dérangeant, mettant les nerfs en pelote. Mais le film ne se résume pas à un simple trip Grand-Guignol au vitriol.
Car il y a un plaisir encore plus fort devant Ghostland, c’est celui d’être pris pour un spectateur intelligent et suffisamment grand pour affronter la monstruosité en face, pour jouir du mauvais goût, pour comprendre ce que cachent les apparences comme les images. Et donc apte à recevoir une proposition infiniment plus ambitieuse que le tout-venant fantastique de plus en plus proche d’une planche à billets sans âme. Derrière l’objet à frisson rebelle à tout canon académique et moral, se dessine une réflexion sur ce que signifie se métamorphoser avec tous les troubles et toute la violence que cela comporte: passer de jeune fille pleine de rêves à une adulte hantée par des cauchemars, c’est terrible. Les codes du home invasion ne servent qu’à raconter cette chrysalide douloureuse, comment on devient quelqu’un en se confrontant brutalement à la dégueulasserie, comment l’imagination et la création permettent de tenir, de surpasser – et pourquoi pas de transcender – l’abjection, de mettre en forme, de créer…
Ghostland est un conte où tout semble noir et blanc, où en vrai tout est gris et rouge. C’est un film vivant sur la survie, animé d’une rage séditieuse contre la normalité et d’une empathie assumée à l’égard des victimes et par extension de ceux qui souffrent. A nous convaincre de l’invraisemblable, à nous inviter à partager une autre réalité, un autre monde, une autre vision, propre à rendre les poupées humaines. On parle beaucoup de monstruosité au sujet de Ghostland, parlons un peu de sa beauté le temps d’une évasion lumineuse et mélancolique, d’un ralenti héroïque, d’un dernier échange de regard avec des poupées. Parlons aussi de sa complexité qui est aussi celle de la vie. Un dernier mot sur Mylène: revenue de loin, tel un fantôme de cinéma (Giorgino de Laurent Boutonnat date quand même de 1994), l’ancienne libertine désormais maternelle est réellement resplendissante dans cet écrin, parmi les poupées de chair.

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Je me lève, je respire, je vis, je dors, je ris, je pleure cinéma. Donc je le critique. Avant au PLUS. Maintenant sur CHAOS REIGNS. Pour toujours.



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