Critique

Published on septembre 10th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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[CRITIQUE] LES GARÇONS SAUVAGES de Bertrand Mandico

[CRITIQUE] LES GARÇONS SAUVAGES de Bertrand Mandico Jeremie Marchetti

COUP DE ♥

Summary: De Bertrand Mandico / Avec Vimala Pons, Anael Snoek, Pauline Lorillard / Fantastique / France / Sortie : février 2018 / Durée : 1h 50min

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Tout est chaos. Début du XXe siècle. Cinq adolescents de bonne famille épris de liberté commettent un crime sauvage. Ils sont repris en main par le Capitaine, le temps d’une croisière répressive sur un voilier. Les garçons se mutinent. Ils échouent sur une île sauvage où se mêlent plaisir et végétation luxuriante. La métamorphose peut commencer…

La confiance qu’on avait placé en notre cher Bertrand Mandic(ha)o(s) depuis ses courts métrages était grande. L’attente de ce premier long s’avérait totale. Et, bonheur total, ce coup d’essai se révèle une déflagration de plaisir sans précédent. Le goût du chaos dans la bouche, des traces sur les mains et entre les jambes. On aimait déjà l’idée de ces Garçons Sauvages qui ne le resteront pas longtemps. Et on les aime encore plus après la vision ce trip aux relents d’opium, totalement et forcément hors-sol à l’égard de la production française actuelle. En l’état, c’est peut-être le plus grand choc qu’on ait vécu depuis Les rencontres d’après-minuit. Logique, quand on sait que le cinéma de Mandico est une sorte de jumeau maléfique de celui de Yann Gonzalez.
Depuis le temps, depuis tous ses courts, on voyait ce fan de Borowczyk courir après l’organique, le déviant, le décadent. Courir après des obsessions et une forme de cinéma qui n’existent plus, ou si peu. En résultent des fantasmes spongieux et bariolés, qui n’ont pas peur du camp ou du dégueulasse, du maniérisme ou du mauvais goût, fuyant à tout prix la «révolution» numérique. À l’heure actuelle, Mandico serait sans aucun doute le seul homme capable de transposer Les Chants de Maldoror de Lautréamont sur un écran. Dans Les garçons sauvages, son shaker mâche, avale, digère des auteurs comme on n’en fait plus: Arrabal, Genet, Burroughs (évidemment), Terayama, Jaeckin, Anger, Cocteau. Puis il recrache et inonde chaque plan, chaque respiration de ce capharnaüm somptueux. Idée simple mais grandiose, les garçons sauvages du titre, «unis pour le meilleur et surtout pour le pire», sont tous incarnés par de jeunes actrices grimées à la perfection, opérant un trouble savant et mortel. Adieu sylphides, déesses: à l’écran on ne voit que petites frappes et sales gosses de riches possédés par le tremor, cette pulsion d’ultra-violence qui les pousse à commettre l’irréparable. En guise de punition, ils sont entraînés dans une escale par le Capitaine, un loup de mer au sexe tatoué qui les emmène sur une île absente de toute carte via une traversée dès plus agitée. Là-bas, dans une nature vivante où la végétation semble pleine de désir et de mort, pouvant aussi bien vous engloutir que vous faire l’amour, une doctoresse (Elena Lowensohn, muse du cinéaste) guette les éphèbes… qui ne tarderont pas à devenir des nymphes. Comme si le Sa majesté des mouches de Peter Brooks se faisait agresser par le Cronenberg de la belle époque.
Élancé entre un noir et blanc d’un autre temps et des séquences couleurs fulgurantes, Les Garçons Sauvages opère comme un enchantement absolu et insolent. Orgie de plumes sur fond de Nina Hagen, fruits poilus courageusement dévorés, chimère nocturne aux yeux fluo, fontaines juteuses, sexes dressés ou arrachés, cadavre caressé ou crâne étincelant: entre les visions chocs sans limites, Mandico rivalise d’inventivité avec des techniques vieilles comme le monde pour évoquer la magie du cinéma, nous ramène à un temps de transgression poétique, sans peurs et sans reproches. Sous les synthés orgasmiques de Pierre Desparats, entre le sucré et le salé, l’horrible et le magnifique, le masculin et (surtout) le féminin nous voilà, très loin. Voyage divin, au delà du chaos.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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