Critique

Published on juillet 21st, 2017 | by Matthieu Rostac

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[CRITIQUE] DUNKERQUE de Christopher Nolan

[CRITIQUE] DUNKERQUE de Christopher Nolan Matthieu Rostac

Le temps détruit tout

Summary: Date de sortie : 19 juillet 2017 / (1h47min) / De Christopher Nolan / Avec Fionn Whitehead, Mark Rylance, Tom Hardy, Aneurin Barnard, Kenneth Branagh, Cillian Murphy, Jack Lowden, Harry Styles

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Qu’est-ce qui est jaune et qui attend? Bah, la plage de Dunkerque pendant l’Opération Dynamo! En choisissant d’enclaver de la bleusaille britannique à ne plus savoir qu’en foutre sur le sable fin dunkerquois – 400 000 troufions, ça en fait de la chair à canon pour les rafales aériennes allemandes – on s’imagine que Christopher Nolan va tenter de nous donner une leçon d’espace, comme il l’avait si bien raté en réalisant l’oxymorique “épopée SF intimiste” Interstellar en 2014. Même le titre du film, Dunkerque, laissait finalement peu de place au doute. Un espace clos, à l’échelle d’une ville voire une stricte unité de lieu, son front de mer. Les premières minutes renforcent d’ailleurs le caractère “spatial” du film : Tommy, jeune soldat anglais, détale dans les ruelles et les jardins de Dunkerque pour échapper aux tirs des troupes allemandes dans un décor qui fleure bon l’office du tourisme. Il finit par arriver sur la plage où attendent déjà ses camarades en rang d’oignon, au garde-à-vous. Qu’attendent-ils? D’aller d’un point A (Dunkerque) à un point B (la maison, où qu’elle soit). Mais au fil que les histoires se déroulent et les narrations s’enchevêtrent, les repères spatiaux sèment le doute, s’estompent devant la caméra de Nolan. D’abord, plusieurs éléments de décor anachroniques viennent s’insérer dans le cadre. Ensuite, malgré les différents points de vue, il est presque impossible de reconstituer cette plage et son demi-million de soldats qui, finalement, ressemble plus à un cauchemar qu’à une prison. Enfin, dans le récit global du film, ladite plage est rapidement diluée, noyée même, dans les eaux imperceptibles de la Manche – notamment lors de cette scène de nuit où Cillian Murphy refuse de laisser Fionn Whitehead, Aneurin Barnard et Harry Styles monter dans un canot de sauvetage – qui incarne tout autant la vie que la mort.

Si Christopher Nolan a choisi l’alteration de l’espace dans son Dunkerque, c’est tout simplement parce qu’il a préféré se consacrer à son frère siamois de cinéma : le temps. Du détail le plus évident – le tic-tac d’une montre qui se fait entendre dans certaines scènes – jusqu’à l’imperceptible – le “Afternoon” lâché par Jack Lowden à Mark Rylance et Tom Glynn-Carney – tout est pensé dans le film pour évoquer le temps qui passe, qui s’écoule. Le récit du film lui-même s’articule sur une perception temporelle adaptable à l’envi de Nolan : une semaine pour les soldats parqués sur la plage, une journée pour les civils venus soutenir l’effort de guerre avec leur bateau de plaisance ou quelques heures le temps d’un vol de Spitfire pour Tom Hardy. Trois unités de temps imbriquées avec brio par le réalisateur britannique qui retrouve au passage la maestria du montage qui était la sienne lors du Prestige. C’est un fait : Christopher Nolan a toujours aimé distordre le temps, le dilater, le condenser, le contraindre, le faire converger. Il y avait le récit à rebours de Memento, les strates de rêve d’Inception, le choix cornélien soumis à Batman dans The Dark Knight, les vieillissements divers d’Interstellar. Rien à voir avec Dunkerque cependant : ici, le temps n’est plus une facétie narrative mais devient l’enjeu crucial du film, aussi central que réflexif. Tous les protagonistes cherchent à vaincre ce dernier par l’action. Car l’attente, c’est la mort – la scène de la cale percée en est un exemple éloquent. Nolan aussi, d’une certaine manière : moins découpé que ses précédents films et truffé de temps morts, Dunkerque est pourtant le plus “court” long-métrage de réalisateur britannique depuis Following (107 minutes). Dans Dunkerque, si le temps est compté pour les protagonistes, il est avant tout conté par Nolan au fur et à mesure que les grains tombent du sablier.

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Parce qu'il n'a aucunement le bras long dans le cinéma, il a décidé d'être une petite main du chaos.



One Response to [CRITIQUE] DUNKERQUE de Christopher Nolan

  1. ashday says:

    Bonne critique imho. Juste une remarque, ça n’est pas la Manche mais la Mer du Nord.

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