Critique

Published on janvier 9th, 2018 | by Thomas Agnelli

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[CRITIQUE] DOWNSIZING de Alexander Payne

[CRITIQUE] DOWNSIZING de Alexander Payne Thomas Agnelli

Petite popote

Summary: Date de sortie 10 janvier 2018 (2h 16min) / De Alexander Payne / Avec Matt Damon, Kristen Wiig, Christoph Waltz / Genre Comédie / Nationalité américain

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C’est quoi le bonheur? Un homme ordinaire d’Omaha, dans le Nebraska, Paul Safranek (Matt Damon) et sa femme Audrey (Kristen Wiig) se morfondent dans leur vie quotidienne. Ils aspirent à une existence meilleure et à une belle maison. Pour réaliser son rêve, Paul se laisse séduire par la découverte d’un scientifique norvégien, qui est parvenu à réduire les hommes à moins de 13 centimètres de hauteur. Certains de leurs amis ont déjà tenté l’aventure et les nouvelles cités dédiées spécialement aux petits hommes sont présentées avec force marketing comme des paradis terrestres du luxe et du farniente. Le couple va tenter l’extraordinaire transformation dans une clinique à produire de lilliputiens et vendre ses maigres biens pour devenir millionnaires. Seul hic, Audrey va changer d’avis à la dernière minute, tandis que le rêve américain sur papier glacé n’est pas forcément au rendez-vous pour tous.

Matt Damon, mini-pousse dans un mini-film. Dans Downsizing, qu’il est préférable de considérer d’emblée comme une comédie anxieuse en proie au doute existentiel et non pas comme un nouveau classique de science-fiction, un homme toujours au service des autres (Matt Damon, ad hoc dans le rôle de l’américain moyen un peu bas du front), soignant des tendinites dans une usine de transformation de viande, accepte de rapetisser pour réduire son impact sur la planète et vivre dans l’opulence. Son univers routinier va s’élargir après sa miniaturisation. Une fois que l’opération a lieu, il devient l’ami d’un cynique mais joyeux voisin serbe (Christoph Waltz, à mille lieues de ses sempiternels rôles de méchants avec accent), un fêtard opportuniste pote de Udo Kier qui commercialise des produits de luxe miniaturisés comme des cigares à un dollar. Surtout, il croise une dissidente vietnamienne, réduite d’office en lilliputienne et envoyée clandestinement aux États-Unis dans un téléviseur.
Ce qui frappe dans un premier temps dans Downsizing, c’est le rythme étrange: une opération a lieu – et même si elle est pas crédible, on a plutôt envie d’y croire – et soudain, c’est tout un environnement qui est bouleversé. Le film ne s’en remet pas, comme amorti. On attend la révolution, comme le héros ordinaire attend l’extraordinaire; il n’en est rien. Le monde miniaturisé n’est pas meilleur que l’Amérique de Trump dans laquelle il pataugeait: on y retrouve les mêmes rapports de classe, l’opulence délirante d’un côté et la pauvreté extrême de l’autre. La vraie différence, et c’est un peu la beauté du récit qui croit en rien sauf en l’amour, c’est qu’il peut se produire des événements inattendus, simples et beaux comme tomber amoureux de la personne que, dans notre monde de Trump tower, on n’aurait jamais regardé. Grosso modo, rapetisser permet de voir plus grand. Même si, comme pour toutes les utopies, rien ne change autour.
On retrouve la même morale que dans les précédents Alexander Payne: même lorsque tout est foutu, l’amour nous sauve. Deux trois scènes assez folles (Udo Kier qui danse sur un megamix dance de Alabina dans un appart transformé en nightclub) zèbrent cette fable aux allures de long épisode de Black Mirror qui minore tout l’aspect science-fictionnel pour s’attacher à la satire, registre dans lequel Payne excelle. Payne à qui l’on reprochera finalement de ne pas sortir de sa zone de confort alors tout était propice à un renouvellement dans sa filmographie ancrée dans la comédie dépressive. Faute d’un vrai vertige métaphysique (il eut fallu un vrai cinéaste radical aux commandes), on a droit à un film suave et intrigant mais quand même bien mou.

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