Critique

Published on mai 6th, 2018 | by Baptiste Liger

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[CRITIQUE] CORNÉLIUS LE MEUNIER HURLANT de Yann Le Quellec

[CRITIQUE] CORNÉLIUS LE MEUNIER HURLANT de Yann Le Quellec Baptiste Liger

Summary: Date de sortie : 2 mai 2018 (1h47) / De Yann Le Quellec / Avec Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern, Christophe Paou, Denis Lavant, Solange Milhaud... Genre : western burlesque / Nationalité : française

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L’être de mon moulin. Cela faisait depuis un moment que, dans un petit village montagnard (qu’on imagine dans les Pyrénées), les habitants attendaient le messie. Ou, plus exactement, un meunier. C’est alors avec joie que les autochtones ont accueilli l’arrivée de l’étrange Cornélius (Bonaventure Gacon), qui s’installe dans les hauteurs de la bourgade et bâtit son moulin. Enfin, de la bonne farine ! Et du bon pain ! On sympathise avec notre homme, et les femmes n’ont d’yeux que pour ce colosse – en premier lieu, la fille du maire, Carmen (Anaïs Demoustier). Mais, bien vite, la population va déchanter. En effet, la nuit, cet étranger hurle de manière épileptique, sans le moindre contrôle possible, et ses cris qui résonnent dans toute la vallée empêchent tout le monde de dormir… De quoi relativiser l’enthousiasme général, d’autant que certaines jalousies, notamment de la part des prétendants de la belle, vont se révéler…

Du sommeil pour les gueux. Dès le générique de Cornelius le meunier hurlant, le ton est donné – avec la voix rauque d’Iggy Pop en français sur une mélodie country kitsch et une typo de série Z des années 70: le premier long-métrage de Yann Le Quellec (connu pour ses courts Je sens le beat qui monte en moi et Le Quepa sur la vilni! – pour lequel il avait reçu le Prix Jean Vigo) refuse l’esprit de sérieux et promet de faire appel aux vieux souvenirs des spectateurs ayant abusé des westerns spaghettis comiques. A partir d’un roman écolo de l’écrivain finlandais Arto Paasilinna (réédité en Folio), le cinéaste nous propose une œuvre hybride, quelque part entre les nanars avec Terence Hill et un certain cinéma français des années 70 (on pense entre autres à Une Aventure de Billy the Kid de Luc Moullet). Bien sûr, on fait face – un comble! – à une production fauchée comme les blés mais, étrangement, ce cruel manque de moyens donne un côté kermesse à Cornélius somme toute pas désagréable. Dans le rôle-titre, Bonaventure Gacon (sorte de sosie de Jeff Daniels période Dumb and dumber, venu du milieu du cirque) impose sa présence physique à l’écran, entre force naturelle et maladresse enfantine. Le film assume d’ailleurs complètement cette ambivalence, entre jeu sur le genre et la fable la plus naïve qui soit. Yann Le Quellec (connu aussi dans le milieu de la BD) n’hésite pas à attifer ses personnages de costumes sans doute récupérés de spectacles de patronage – une improbable adaptation de Lucky Luke? – et d’imposer un humour régressif, même pas vulgaire, tout droit sorti des cours de récréations de maternelle (certains dialogues ou certaines situations vous rappelleront vos 5 ans, promis!). Il y a là un univers bien personnel, l’affirmation d’un ton loin du tout-venant qu’on aime à la fois pour sa démarche esthétique radicale (ah, son utilisation volontairement très artificielle de la nuit américaine…) et pour son statut de créature fragile.On peut toutefois difficilement mettre de côté les quelques gros problèmes de Cornélius: un récit qui patine au bout du premier tiers (comme si on faisait face à un moyen-métrage étiré) et un passage à l’hôpital psychiatrique franchement raté (et c’est un exégète de T’Aime qui écrit ces lignes!). Au final, la proposition s’avère suffisamment originale, culottée et amusante pour qu’on goûte à ce cousin éloigné et un peu arty d’On l’appelle Trinita

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