Critique

Published on mars 25th, 2018 | by Éric Vernay

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[CRITIQUE] COBY de Christian Sonderegger

[CRITIQUE] COBY de Christian Sonderegger Éric Vernay

Girls who are boys

Summary: Date de sortie 28 mars 2018 (1h 17min) / De Christian Sonderegger / Genre Documentaire / Nationalité français

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Filmer le changement de sexe de sa demi-sœur (devenue demi-frère donc). Dans un village au cœur du Middle-West américain, Suzanna, 23 ans, change de sexe. Elle devient un garçon: Coby. Cette transformation bouleverse la vie de tous ceux qui l’aiment. Une métamorphose s’opère alors sous le regard lumineux et inattendu du réalisateur.

Étonnamment doux, serein et peu mélodramatique au regard de son sujet. Et c’est tant mieux. Suzanna veut devenir un garçon. Coby sera son nom de transition, avant qu’elle ne se rebaptise officiellement Jake (pour «Jacob») – comme dans les jeux vidéos auxquels elle jouait enfant. Sa famille l’accepte plutôt bien. Sa copine Sara aussi. Le traumatisme attendu au regard de ce type de parcours transgenre dans un bled neigeux du Midwest – nous sommes à Chagrin Falls, ça ne s’invente pas – ne survient curieusement jamais. Ou alors en sourdine, via une allusion rapide à telle remarque déplacée d’un vendeur à Coby, auquel Sara aura vaillamment répliqué pour défendre son amoureux. Bref, tout semble doux et bienveillant dans ce documentaire qui débute par un « je vais vous raconter une histoire marrante » balancé devant sa webcam par Coby, et dont le sujet semblait pourtant propice à un sensationnalisme de téléréalité.
Certes, la mise en scène reste en terrain balisé. Des archives de confessions Youtube d’avant l’opération sont montées en alternance avec des témoignages de la vie post-bistouri et des entretiens avec le reste de la famille, face caméra. Mais cette transition est racontée avec savoir-faire et humilité par le réalisateur, qui se révèle être le demi-frère de Coby. Détail qui n’a rien d’anodin, car c’est finalement aussi l’histoire d’une transition collective et familiale qui semble l’intéresser. Comment ses parents et lui-même s’adaptent, progressivement, à la nouvelle écorce de Suzanne et à sa nouvelle voix, de plus en plus grave – contrairement au film qui lorgne vers la joie et la lumière.
Sonderegger parvient à capter des choses intimes sans jamais forcer le voyeurisme ou même sembler impudique. Chaque étape de la transformation physique est pourtant relatée sans détour, dans un mélange de lucidité et d’émerveillement presque ludique: la joie enfantine de Coby devant ses nouveaux mini-tétons masculins, qu’il découvre comme des cadeaux de Noël cachés sous leur sparadrap, mais aussi l’impact des injections de testostérone sur sa vie sexuelle ou sa personnalité: moins d’émotions exprimées qu’avant, plus d’éclats violents. C’est donc ça, être un homme?

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