Critique

Published on mars 16th, 2017 | by Baptiste Liger

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[CRITIQUE] CHACUN SA VIE de Claude Lelouch

[CRITIQUE] CHACUN SA VIE de Claude Lelouch Baptiste Liger

Chacun sa route, chacun son chemin...

Summary: date de sortie : 15 mars 2017 (1h53) / De Claude Lelouch / Avec Eric Dupond-Moretti, Christophe Lambert, Jean Dujardin, Nadia Farès, Johnny Hallyday, Julie Ferrier, Marianne Denicourt, Ramzy Bedia, Antoine Duléry, Béatrice Dalle, Samuel Benchetrit, Liane Foly, Déborah François, Francis Huster, Elsa Zylberstein, Mathilde Seigner, Stéphane de Groodt, Chantal Ladesou, Rufus, Michel Leeb... Genre : comédie dramatique / Nationalité : française

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Beaune collector. « La règle, c’est celle de l’intime conviction ». Voilà ce que professe Eric Dupont-Moretti – en président du Tribunal – à ses jurés, avant que l’on passe à un concert de Johnny. L’Idole des jeunes s’éclate sur Toute la musique que j’aime, à la grande joie de Jean Dujardin et Antoine Duléry – et de quelques sosies de notre Jojo national (dont l’un d’eux lui ressemble beaucoup, mais beaucoup beaucoup…). Sur son hoverboard, le médecin Jean-Marie Bigard, quant à lui, enseigne à ses jeunes ouailles de l’hosto – parmi lesquelles Déborah François – que, comme dirait Henri Salvador, « Faut rigoler » et leur offre des jeux de cartes sur lesquelles on peut lire des blagues paillardes dignes du géniteur du sacro-saint « Lâcher de salopes ». Alors que Liane Foly entonne La Boîte de jazz de Michel Jonasz sur la Place Carnot de Beaune – où se déroule un festival -, Chantal Ladesou, dans une curieuse veste à carreaux, sort de sa 2CV. Non loin de là, Julie Ferrier revient chez elle et, drame !, découvre son Gérard Darmon de mari tout nu sous la douche – et zguègue à l’air – avec un garçon. Un choc pour elle, qui tombe du balcon sur la place – oui, celle-là même où Liane Foly chante, avant, elle aussi, de tomber dans les pommes. Au tribunal – on y revient -, l’avocat Christophe Lambert fait également un malaise et on va retrouver tout ce petit monde à l’hôpital du Bigard sur roulettes (on ne l’avait pas déjà vu dans And Now ladies and gentlemen, tiens ?). Dans son taxi, Rufus assène à des people qui passent dans le coin des aphorismes sur la vie, la mort, les femmes, tout ça. Mais rien ne vaut une partie de poker entre amis – surtout avec Jean Dujardin et Antoine Duléry! Surgit à une terrasse de brasserie Mathilde Seigner avec des tatanes indéfendables, qui s’adresse à Marianne Denicourt. La première est la maîtresse de Tof (malade, donc), la seconde son épouse. Et les deux vont s’entendre, mais vraiment trop bien, jusqu’à prononcer des pensées comme « L’amour, c’est quand la question de savoir si c’est un bon coup ne se pose plus ». A leurs côtés, Ramzy Bedia va se prendre le chou avec une Julie Ferrier (brune) – quelques petites insultes antisémites au passage -, Samuel Benchetrit va s’en mêler et ça va mal tourner – heureusement, tout ça, c’est un big fake. En revanche, lorsque Philippe Lellouche se fait pécho en excès de vitesse avec Vanessa Demouy par les bleus, ça ne rigole pas. Mais bon, comme les représentants de la maréchaussée ne sont autres que Raphaël Mezrahi et David Marouani (oui, oui, l’ex-pote chanteur de Jonathan), on se doute qu’un petit arrangement entre amis peut être négociable – Vanessa est obéissante, mais pas seulement… Ah, oui, Nadia Farès, en Miss Bourgogne 1996 reconvertie en journaliste très professionnelle de Beaune FM, couvre le festival de jazz, même si, en ce moment, avec Stéphane de Groodt – qui ne porte pas très bien le polo Lacoste -, ça ne va pas fort… Il n’y a pas que le droit, dans la vie d’Eric Dupont-Moretti qui, veuf, a choisi pour ne pas tromper feu-son épouse, tire désormais sa crampe au bordel local tenu par Béatrice Dalle, prête à partir en retraite dans le Sud. A cause du brouillard local, Johnny Hallyday trouve refuge chez Elsa Zylberstein et son mari Vincent Perez, obsédé par les grands crus de Volnay et par les selfies – mais l’épouse, du genre minaudante, n’hésitera pas à rouler une galoche au mec de Laëtitia… L’avocat général Francis Huster – on oubliait Francis, à la post-synchro approximative – va accepter une proposition malhonnête qui va se retourner contre lui. On arrête là pour l’installation. Sachez juste qu’il y aura un jumeau d’Antoine Duléry, un extrait de concert de Kendji Girac, un Michel Leeb en proie au redressement fiscal, un ticket de loto gagnant, des quiproquos avec un sosie de Johnny, et même William Leymergie. Et du jazz. Ah, ça, le jazz…

La cuvée du patron. Claude Lelouch ose tout, et c’est à ça qu’on le reconnaît. D’ailleurs, avec lui, on gagne à tous les coups: quand c’est bien, c’est bien ; quand c’est nul, c’est encore meilleur. Après le petit succès critique et public d’Un + une, le Wong Kar-waï de l’Avenue Hoche revient à sa veine du méga-film choral entre potes connus à sempiternels champs-contrechamps et considérations fumeuses sur l’amour, l’astrologie et le hasard. Autant dire que le bolide va souvent frôler le fossé… La trame de Chacun sa vie part ainsi dans tous les sens et ne fait même plus attention à la crédibilité (ah, Nadia Farès en reporter qui balade partout son micro…). On pourrait s’en offusquer mais il faut bien reconnaître un charme et, surtout, une liberté qui venge de toutes les rom-coms nationales à financement M6. Il y a même une indéniable dynamique dans ce grand bazar, qui repose sur le plaisir (pervers?) de voir se succéder les idées les plus aberrantes (de casting notamment – quand on y songe, Eric Dupont-Moretti, quand même…). Dans le tas, quelques jolies choses seront à mettre au crédit du cinéaste… Au moins, il se passe toujours quelque chose dans Chacun sa vie – et, même si l’ennuie pointe parfois le bout de son nez, on prend son mal en patience en songeant aux nombre de bouteilles vidées pendant le tournage, en attendant la séquence suivante… Il faut bien sûr accepter la beauferie virile de certaines situations (l’image de la femme dans les derniers Lelouch, aïe…) et la sottise de nombreuses répliques – ne parlons pas du fond musical jazzeux ringos que même Woody Allen n’ose plus asséner dans ses films. La scène (quasi-)finale du tribunal pourrait d’ailleurs passer pour un réquisitoire au goût d’autocritique de la part du réalisateur, conscient de ses méfaits, aussi bien sur le fond que sur la forme. Les jurés pervers que nous sommes ont-ils toutefois vraiment envie de condamner un cinéaste qui imagine une demande en mariage de Michel Leeb à Chantal Ladesou?

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One Response to [CRITIQUE] CHACUN SA VIE de Claude Lelouch

  1. LE QUEAU says:

    Lelouch se moque de nous, les cinéphiles…. aucun scénario… je me croyais à Vivement Dimanche à la télé avec tous les copains qui défilent sur l’écran…. avec peu de grâce la plupart du temps…. copains décatis qui ne font plus rêver, qui acceptent de jouer dans un gros navet pour gagner de l’argent facilement sur notre amour du cinéma. Oui cela m’a mise en colère. Trop c’est trop….

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