Critique

Published on avril 14th, 2017 | by Baptiste Liger

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[CRITIQUE] C’EST BEAU LA VIE QUAND ON Y PENSE de Gérard Jugnot

[CRITIQUE] C’EST BEAU LA VIE QUAND ON Y PENSE de Gérard Jugnot Baptiste Liger

La vie-dadais

Summary: Date de sortie : 12 avril 2017 (1h33) / De Gérard Jugnot / Avec Gérard Jugnot, François Deblock, Isabelle Mergault, Gaïa Weiss, Bernatd Le Coq, Jeremy Lopez, Hubert Saint-Macary, Arthur Jugnot, Marie Bunel... Genre : Comédie dramatique/ Nationalité : française

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L’arnaque-coeur. Lorsqu’il fallait le Paris-Dakar ou d’autres rallyes, Loïc Le Tallec (Gérard Jugnot) allait vite. Probablement trop. Cela ne l’a d’ailleurs pas empêché d’arriver en retard aux obsèques de son fils unique. Dès lors, quelque chose va se briser pour ce sexagénaire, vendeur de voitures dans une concession bretonne, obsédé par sa R8 Gordini. Loïc va toutefois vendre ses parents de l’entreprise et se laisser aller. Quelques mois plus tard, soutenu par sa girlfriend occasionnelle (Isabelle Mergault) et son ex-copilote médecin (Bernard Le Coq), l’homme en deuil va tout faire pour retrouver la trace de la personne ayant bénéficié de la greffe du cœur de son fils. C’est ainsi qu’il va se rendre jusqu’à Toulon pour faire la connaissance d’Hugo (François Deblock) – surnommé « Chaussette » (rien à voir avec Les Beaux gosses de Riad Sattouf!) -, à peine sorti de l’adolescence et prêt à toutes les âneries. Il fait l’andouille sur un scooter, picole, fume, draguouille tout ce qui bouge en boîte de nuit, braque les épiceries, etc. Après une brève rencontre – un peu sèche – dans le Var, le garçon va débarquer, blessé, chez Loïc, au pays des Bigoudens. Ces deux paumés vont alors naturellement se rapprocher – même si le premier va devoir s’acclimater à la pluie locale et au cidre brut, et le second au caractère parfois excessif de celui en lequel il voit un presque-fils rêvant d’Australie… Heureusement, il y a aussi les chansons de Bernard Lavilliers, les crêpes et les jolies filles qui le servent…

Monsieur Tartignolle. La tendresse, ça n’est pas seulement une chanson de Daniel Guichard. C’est aussi l’argument de vente du onzième long-métrage de Gérard Jugnot, capable de l’honorable (Scout toujours, Une époque formidable, Casque bleu) comme du désolant (le bien nommé Fallait pas !, Boudu, Rose et noir). C’est hélas à cette seconde veine qu’appartient C’est beau une vie quand on y pense – clin d’œil, au passage, à la chanson de Mickey 3D, Sebolavy. Il n’y a, en effet, pas un début d’envie de cinéma, pas une idée de cadrage ou de montage, dans ce qui nous est montré à l’écran pendant une heure et demie. Le personnage de Jugnot ayant renoncé à toute envie semble même avoir contaminé le film, d’une ahurissante faiblesse de mise en scène – laquelle, certes, aurait bien du mal à être inspirée par ce scénario d’une rare niaiserie. Il n’y a qu’à se souvenir, récemment, du controversé Réparer les vivants de Katell Quillévéré pour constater qu’une greffe de cœur rapprochant des individus peut s’avérer un prétexte narratif un tant soit peu intéressant. Là, on fait juste face à une opposition classique entre deux personnages grossièrement antagonistes (jeune vs. vieux, rebelle vs. rangé, Nord vs. Sud, etc.) avec son lot de clichés – le « caillera » déconnant façon publicité Yop, le gros crachin breton photogénique.. -, des seconds rôles vaguement truculents, des liens quasi-filiaux qui vont (trop) mécaniquement se forger et de bons sentiments désespérants. A côté, un épisode moyen de Joséphine, ange gardien ferait figure de director’s cut d’un Gaspar Noé. La comparaison révèle d’ailleurs la nature fondamentalement télévisuelle de ce produit d’exploitation pour complexe CGR de centre-ville, à destination du grand public retraité n’ayant pas envie, l’après-midi, de faire la sieste. Et qui sera même sûrement content de sa petite sortie. Cette « jeanbeckerisation » d’un cinéma français faussement terroir et plus cynique qu’il n’en a l’air en dit long sur l’ambition de certains faiseurs labellisés UGC-Gaumont-Pathé Pathé comptant sur la bonne volonté des chaînes hertziennes et du financement des régions pour proposer des plats fades, pas trop chers et rassurants sur le menu du prime-time. Cette recette aussi fatiguée que fatigante aboutit alors fatalement à des moments gênants, comme ces répliques « djeunes » à côté de la plaque ânonnées par François Deblock (mélange entre Lorant Deutsch et Pierre Niney, déjà vu en chasseur de dahu dans le nanar Tout schuss!) ou ces visions d’Isabelle Mergault vendue en MILF au sex appeal irrésistible (on a honte du plan « nichons », vraiment…). On regarde alors cette malheureuse R8 Gordini comme un symbole de l’échec et la petitesse de C’est beau la vie quand on y pense, en se disant que, malgré toute la bonne volonté du monde et le savoir faire d’un roi du tuning, elle ne sera jamais une Gran Torino, même bonne pour la casse…

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