Critique

Published on février 20th, 2017 | by Betty Blue

1

[CRITIQUE] CERTAINES FEMMES de Kelly Reichardt

[CRITIQUE] CERTAINES FEMMES de Kelly Reichardt Betty Blue

Ténu et fort

Summary: Date de sortie 22 février 2017 (1h 47min) / De Kelly Reichardt / Avec Kristen Stewart, Michelle Williams, Laura Dern / Genre Drame / Nationalité Américain

4


Elles. Elles font face aux circonstances et aux challenges de leurs vies respectives dans une petite ville du Montana. Elles s’efforcent, chacune, à sa façon, de s’accomplir. Mais, comme toujours dans la vie, rien n’est facile.

Identifications de quatre femmes. L’ouverture de Certaines Femmes est une merveille de concision résumant tout le trouble qui va suivre. Un écrin à la Edward Hopper, un silence de mort, des rails incertains, un train qui s’approche, qui cisaille l’écran en diagonale. Un simple plan, c’est le choc. Rien n’est dit et, en même temps, tout est dit. On sait que ce film-là ne ressemblera à rien de connu, et on a raison. Le train qui passe à toute vitesse sous nos yeux, c’est l’éclair zébrant le ciel gris de quatre femmes qui, dans leurs vies sagement rangées sur des rails, appliquées à reproduire les mêmes gestes telles des automates ChantalAckermaniens, vont être confrontées à une révélation, une détonation, une cristallisation, une déception. Quelque chose qui ne s’explique pas. On pourrait s’en foutre, on est émerveillés.
Sur les quatre histoires entremêlées, donnant l’impression de regarder un film choral au rythme lymphatique – quelque chose comme du Altman Lynchien, sans le moindre humour -, les moments troubles ne manquent pas. A l’image de cette prise d’otage silencieuse qui sert de cœur névralgique au premier segment (la partie Laura Dern) et qui peut d’ores et déjà prétendre à la Palme de la prise d’otage la plus anti-spectaculaire de l’histoire du cinéma. A l’image de ce visage dévasté à travers une fenêtre (la partie Michelle Williams, d’une mélancolie foudroyante). Ou encore à l’image de cette soudaine sortie de route (la partie Kristen Stewart/Lily Gladstone).
Ceux qui étaient déjà réfractaires à l’écosystème des précédents Kelly Reichardt (jansénisme de la mise en scène, hypersensualité des lieux, hypersensibilité des gestes, économie de parole) ne manqueront pas de vous dire que la projection fut une épreuve – oui, vous allez devoir essuyer de nombreux soupirs. Mais pourquoi donc nous ne nous sommes jamais ennuyés? Parce que Certaines Femmes n’a aucune certitude de savoir sur rien. Parce qu’il raconte quatre tranches de vie avec des constructions et des destructions. Parce qu’il enregistre au gré des errances dans un monde en déshérence des moments de solitude intérieure. Rien n’est facile et, en même temps, tout est compliqué dans ce film parcouru par une insondable tristesse où personne, non personne, n’est à l’abri d’un dérapage. Seuls ceux qui n’ont jamais connu d’accidents dans leur vie resteront insensibles à ce pur éblouissement de cinéma.

PartagezShare on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on Tumblr0Pin on Pinterest0Share on Google+0Email this to someone

Tags:


About the Author

Fan ultime de Beineix, Carax et Jarmusch. Girl chaos. Mes critiques et mes tests n'engagent que moi. Merci de ne pas me spamer.



One Response to [CRITIQUE] CERTAINES FEMMES de Kelly Reichardt

  1. Chloe says:

    Super film ! Tout est dans la subtilité, un vrai succès de Kelly Reichardt !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑