Critique

Published on octobre 31st, 2017 | by Jean-François Madamour

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[CRITIQUE] BRAGUINO de Clément Cogitore

[CRITIQUE] BRAGUINO de Clément Cogitore Jean-François Madamour

FILM DU MOIS - NOVEMBRE 2017

Summary: Date de sortie 1 novembre 2017 (0h 50min) / De Clément Cogitore / Genre Documentaire / Nationalité français

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Si loin, si proche Au milieu de la taïga sibérienne, à 700 km du moindre village, se sont installées deux familles, les Braguine et les Kiline. Aucune route ne mène là-bas. Seul un long voyage sur le fleuve Ienissei en bateau, puis en hélicoptère, permet de rejoindre Braguino. Elles y vivent en autarcie, selon leurs propres règles et principes. Au milieu du village: une barrière. Les deux familles refusent de se parler. Sur une île du fleuve, une autre communauté se construit: celle des enfants.

Le film de l’hallu. Braguino dure 50 minutes. Il pourrait durer 2 minutes comme 4 heures, ce serait tout aussi effrayant et merveilleux. Peu importe la durée. Le temps est de toute façon suspendu, comme dans les contes. Clément Cogitore est un surdoué. Ce documentariste s’est fait connaître il y a quelques années avec un premier long métrage de fiction Ni le ciel ni la terre, objet étrange quelque part entre film de guerre et film fantastique. Certes, c’était pas mal même si l’envie de brouiller les genres et les frontières entre eux était trop voyante. mais rien, absolument rien, ne laissait présager le choc de la vision poétique de Braguino, western crépusculaire à la fois tellurique et onirique faisant pénétrer dans le monde faussement apaisé des orthodoxes dissidents exilés aux confins de la civilisation dans la mystérieuse taïga sibérienne russe. Bienvenue là où l’on a fui la civilisation pour de bon, pour vivre en autarcie, au cœur d’une forêt, entourés de bêtes sauvages. Vu de loin (et de nos réseaux trop sociaux), on se croit parti pour une énième émission de Ushuaïa. Or, la beauté inédite de ce que l’on voit dès la première minute nous prie de ranger le sarcasme au vestiaire.
Qu’est-ce que l’on voit alors dans Braguino? On y voit deux familles qui s’affrontent, une brume opaque qui recouvre tout, un ours qui se fait évider en direct, des enfants blonds qui batifolent esseulés sur une île du fleuve, des couleurs dessinant un tableau magique. Et on est ailleurs. On se construit une histoire avec ce que l’on voit, ce que l’on vit, ce que l’on ressent. Qu’est-ce qui a donné envie au jeune cinéaste français d’aller voir ailleurs s’il y était, loin de nos chères comédies franco-françaises avec Kev Adams? L’envie de se démarquer farouchement du tout-venant? Pas seulement. Quelque chose d’organique vibre ici. Un ressourcement affleure, un retour aux mythes fondateurs apparaît. Et la menace que ce monde-là, édénique, soit éteinte par la noirceur des hommes. La grâce opère, vient à nous le plus simplement du monde. Le méticuleux travail visuel et sonore amplifie le sentiment d’une expérience unique. Dépaysante et fort mystérieuse. C’est inouï de voir ce qui circule en seulement 50 minutes. C’est hallucinant de se dire qu’il y a plus de cinéma ici que dans 90% des productions actuelles aux durées déraisonnables et aux héros trop super. Et l’on sort de la salle avec l’envie immédiate de le revoir. C’est la marque des grands films qui resteront.

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Ours plumitif.



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