Critique

Published on mai 10th, 2017 | by François Cau

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[CRITIQUE] ALIEN : COVENANT de Ridley Scott

[CRITIQUE] ALIEN : COVENANT de Ridley Scott François Cau

Tonton David

Summary: Sortie le 10 mai 2017 (2h02) avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Billy Crudup… Nationalité : américano-britannique, genre : grossesses compliquées

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Les androïdes se laissent-ils pousser les cheveux ? L’équipage du vaisseau colonisateur Covenant est réveillé de son sommeil cryogénique bien avant terme, pour pécho Jennifer Lawrence réparer quelques avaries et cramer accidentellement James Franco, histoire d’animer son héroïne d’un trauma assez vite oublié. Kenny Powers capte alors un signal musical d’une planète non identifiée. Vous ne trouvez pas ça bizarre, demande la nouvelle Ripley ? Non vas-y ferme ta gueule lui répond le commandant en mal de légitimité. Première erreur de jugement d’une longue série observée avec nonchalance par Walter, androïde nouvelle génération, update atone du David de Prometheus. Lequel n’a peut-être pas dit son dernier mot.

Arrête de me jouer du pipeau. Difficile de voir dans Alien : Covenant autre chose que l’effort assez vaniteux de Ridley Scott pour protéger son héritage artistique. Non seulement celui du huitième passager, avec pour but presque avoué de tuer dans l’œuf le projet d’Alien 5 autrement plus stimulant de Neill Blomkamp, mais aussi, de façon plus inattendue, celui de Blade Runner, quelques mois avant la suite tardive de Denis Villeneuve. Damn, pour un octogénaire anobli qui n’a plus rien à prouver, sir Ridley suinte toujours autant l’insécurité et la jalousie qui a téléguidé une grande partie de sa carrière… Cette OPA sauvage sur les thématiques de l’adaptation de Philip K. Dick parviendrait presque, dans une poignée de moments picturalement mémorables, à dissimuler le statut fatalement hybride, limite monstrueux de cette séquelle de prequel / reboot. Les scènes avec Michael Fassbender, quand elles ne s’enferrent pas dans les paraphrases lourdaudes de la moindre amorce de réflexion (y a-t-il un dieu ? Suis-je un dieu ? La création, un mythe ou une mite ?), pourraient délester le projet du poids de son inanité originelle. Au diapason de son vrai personnage principal, Alien : Covenant prend conscience de son absurdité fondatrice et aspire à autre chose. Malheureusement pour lui, il faut nourrir le public, cette bête monstrueuse, de ce qu’il est venu chercher.

Et les trois quarts du film de rejouer un remake patelin, franchement flemmard du déroulé dramatique de Prometheus. Des abrutis débarquent en territoire hostile sans se douter des dangers pourtant évidents, réagissent de façon encore plus stupide et s’offrent en proies sacrificielles pour mieux gonfler artificiellement le body count. Dans ces scènes de mauvaise angoisse, la réalisation de Scott s’emballe, s’agite dans tous les sens par peur du vide. Jusqu’au climax final, bizarrement anti-spectaculaire, Alien : Covenant peine de plus en plus à cacher sa nature de série B grimée en série A (« un bon résumé de la carrière de Ridley Scott », comme me le disait ce coquinou de Daniel Andreyev). Finalement, la meilleure greffe du film reste encore celle de Danny McBride en figure convaincante du cinéma d’horreur, juste avant qu’il ne revisite la saga Halloween avec son complice David Gordon Green.

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Défendra L'Amour Braque sur un champ de bataille. Mourra donc bêtement.



4 Responses to [CRITIQUE] ALIEN : COVENANT de Ridley Scott

  1. Philou says:

    « Avec pour but presque avoué de tuer dans l’œuf le projet d’Alien 5 autrement plus stimulant de Neill Blomkamp, mais aussi, de façon plus inattendue, celui de Blade Runner, quelques mois avant la suite tardive de Denis Villeneuve ».

    Vu que c’est Ridley qui produit le Blade Runner, c’est peut-être un peu compliqué d’y voir un mauvais coup de sa part, si ? D’autant qu’on n’a encore pas vu grand chose du film de VIlleneuve…

  2. François Cau says:

    Certes, si ce n’est que la phrase entière ne dit pas qu’il veut tuer dans l’oeuf ce projet, mais en protéger l’héritage artistique. Ce qui fait déjà plus sens !

  3. Thierry Vigier says:

    La critique prend trop de haut le film et son réalisateur. Même ses personnages y sont traités d’abrutis.
    Ce n’est pas en rabaissant l’autre qu’on se rehausse soi-même. Ce que l’auteur de ce papier sans véritables arguments à charge, autres que des adjectifs méprisants, semble avoir oublié.

    • François Cau says:

      Quelques précisions : quand je parle de Ridley Scott comme d’un octogénaire anobli, c’est factuel et non méprisant. Pour ce qui est de la jalousie et de l’insécurité qui guident sa carrière, c’est quelque chose qu’il a lui-même avoué à plusieurs reprises et à différentes étapes de sa filmographie au point d’en faire un moteur assumé de création.
      Ensuite et surtout, j’ai beau retourner la question dans tous les sens, je ne vois pas en quoi traiter des personnages d’abrutis pourrait être blessant, sauf si vous connaissez personnellement une source d’inspiration d’un personnage, auquel cas, toutes mes excuses. Perso, ce n’est pas tant leur inscription dans des tropes clichés de caractérisation que leurs réactions aux situations qui m’a navré.
      Pour ce qui est des arguments, ils sont dans le texte, on peut en discuter mais je ne vais pas les paraphraser pour me justifier, la mise en abyme avec le film serait beaucoup trop voyante. La critique est fatalement subjective, j’essaie le mieux possible de ne pas heurter par ricochet quiconque ne serait pas d’accord et si c’est le cas, vous m’en voyez navré – vraiment.

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