Actu

Published on avril 9th, 2018 | by Morgan Bizet

0

[LE CHOC DE LA SEMAINE] TWIN PEAKS THE RETURN BONUS

Retour à Twin Peaks (again). La sortie le 27 mars dernier de la saison 3 de Twin Peaks dans un magnifique coffret DVD/Blu-ray était cochée sur le calendrier de tous ceux qui avaient quitté le monde de David Lynch et Mark Frost totalement déboussolés, des étoiles chaos plein les yeux. Ce film de 18 heures nous avait émerveillés par la manière dont il réconciliait le spectateur 25 années après avec la série originelle et le long-métrage Fire Walk With Me tout en proposant l’œuvre Lynchienne somme, hantée de bout en bout par ses précédents travaux, filmiques, musicaux ou plastiques. On y redécouvrait le cinéaste en portraitiste de l’Amérique des deux dernières décennies – voire de toute son histoire. Drôle, effrayant, émouvant, Twin Peaks The Return (Palme du chaos 2017!) est tout ça à la fois, mais sa plus grande qualité réside certainement dans son amour inconditionnel pour le mystère. Mystère, ce mot vidé de son sens, quasiment proscrit à une époque où l’on invente des remakes, des reboots, des prequels ou des suites pour tenter de tout expliquer, de tout montrer.

Alors pourquoi revenir à Twin Peaks une fois de plus alors que tant de choses ont été publiées, écrites ou dites? Force est de reconnaître que l’objet artistique semble inépuisable, véritable nid à hypothèses et visions hétéroclites. Il y a un plaisir immense à chercher les références esthétiques ou historiques noyées dans les images sublimes de Twin Peaks. Ou peut-être que ce sont nous spectateurs qui vivons désormais dans le monde de Twin Peaks? Ainsi nous voyons la réalité à travers son voile.

Nous revenons surtout à Twin Peaks parce qu’on nous y a invité. En effet, Le coffret DVD/Blu-ray s’accompagne d’une ribambelle de bonus fascinants, allant du fétichisme de fan (les galeries photos, les logos) à l’impressionnant making of de cinq heures, découpé en trois films de réalisateurs différents. Un rêve très agréable de Charles Lauzirika nous propulse sur une semaine de tournage à North Bend dans l’État de Snoqualmie, soit sur les terres qui ont servi de décor à la ville fictive de Twin Peaks. On semble être au début d’une aventure qui durera près de deux ans et demie. Tout n’est qu’amour dans l’équipe, on assiste aux retrouvailles du réalisateur avec une partie du casting d’origine, vieille certes mais qui pour la plupart parait n’avoir jamais quitté ce lieu mystique. Ce sont les interprètes de Andy et Lucy ou encore Hawk, des acteurs que l’on a d’ailleurs rarement vu, voire pas du tout, dans d’autres rôles depuis vingt-cinq ans. Arrive Kyle Maclachlan, d’abord en Mr. C., puis en Dale Cooper, tendre ami de David Lynch et peut-être le seul à connaître le script dans son entièreté.

Toutefois, on recommandera d’avantage les making-of de Richard Beymer (concentré sur la Black Lodge) et surtout Jason S., auteur d’un docu-fleuve incroyable en 10 parties. Ces derniers ont l’intérêt de montrer David Lynch sous un jour inédit, loin de son aura énigmatique et secrète, mais plus humaine et faillible, tout en gardant cette part de génie indicible qui lui est propre. Car oui, la production de Twin Peaks était éreintante et fatigante, même pour un artiste aussi chevronné que l’auteur de Mulholland Drive et Eraserhead. On peut le voir s’extasier, réfléchir, douter, mais aussi s’énerver, désespérer. On en apprend aussi plus sur sa manière de travailler, de diriger les scènes et ses acteurs avec un mégaphone derrière son moniteur. L’affiliation avec Gordon Cole, son alter-ego à l’écran, est stupéfiante. Loin de l’illuminé mutique en interview, Lynch est très proche de son équipe, multiplie les gestes, les expressions, les conseils ou les divagations.

Mieux encore que David Lynch The Art Life, sympathique documentaire de Jon Nguyen et Rick Barnes sorti en salles l’année dernière, les making of de Twin Peaks The Return fournissent une archive sans précédent sur le cinéaste et son travail. Mais rassurez-vous, ils n’égratignent en rien l’aura et le mystère merveilleux de la série, ni même n’en donnent les clefs. Au contraire, ils prolongent son regard sur l’Amérique, la vieillesse, la mort, la nostalgie, l’amitié et l’amour. D’avantage qu’un bonus, il serait plus juste de parler de négatif de Twin Peaks. Une couche supplémentaire d’étrangeté et de bonheur à ajouter à cette œuvre-monde intarissable. Un must-see. [TWIN PEAKS: THE RETURN disponible dans un coffret Blu-Ray/Showtime]

Spread the chaos
  • 59
    Shares

Tags: , ,


About the Author



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑

error: Chaos Reigns !