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Published on février 5th, 2018 | by Jeremie Marchetti

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[LE CHOC DE LA SEMAINE] « SUPER DARK TIMES » de Kevin Phillips

2016, Under the Shadow et ses fantômes made in Téhéran remportent le Narcisse d’or au Neuchâtel film festival. Le film sera lâché sur Netflix quelques mois plus tard. 2017, même story pour Super Dark Times, dilué dans l’océan Netflix il y a alors quelques semaines. Même s’il nous brûle d’envie de parler un peu comme un nouveau «cimetière du film indé», sachant qu’une production non estampillée Netflix et méconnue a peu de chances de sortir du lot, on se dit aussi que c’est sans doute mieux que rien. Car le film avait autant de légitimité à sortir en salles que l’excellent Love Hunters, autre premier film à l’effet waouh assuré, dont se réclame aussi largement Super Dark Times. Avec ses ados à vélo, ses nineties à plein nez et ses affiches trop classes pour être honnêtes, le produit semble loucher vers l’effet Stranger Things, avec qui il ne partage en commun que les engins à deux roues. Chez Kevin Philips, l’époque choisie n’a rien d’un gadget agité sous le nez du spectateur ou d’une madeleine en caoutchouc qui vous crie «c’était mieux avant!». Un tube cathodique crachant un porno crypté, un baladeur, un discours de Clinton et basta. Ce qui saute aux yeux évidemment, c’est l’assurance terrible dont faire preuve Philips, chef op de son état, et ceci dès la première séquence dont l’étrangeté évoque déjà l’atmosphère de The OA ou de The Leftovers.
Un matin se lève sur un lycée, et petit à petit, la caméra remonte le fil de détails saugrenus et perturbants: une salle de classe à la vitre brisée, des chaises éparpillées, une traînée de sang. Très fort. Zach et Josh sont les meilleurs amis du monde, et rien ne pourrait bouleverser leur vie, similaires à celles de milliers d’autres adolescents boutonneux. Lors d’un après-midi, accompagnés de deux autres potes, ils ont l’idée forcément débile de tester un katana. Jusqu’au moment où l’un des garçons de la bande, bien demeuré, commence à semer la pagaille. À la fin de cette après-midi, le lourdingue ne rentrera pas chez lui. Ni demain. Plus jamais.
Les jeunes garçons et la mort, sujet bien entamé par des teen movies mémorables et dépressifs tels que Stand By Me, La rivière de la mort, Donnie Darko ou encore Mean Creek. On y pense, c’est inévitable. Mais l’atmosphère crépusculaire teintée de paranoïa grignote plutôt sur les plates bandes du cinéma de David Robert Mitchell, avec une très nette envie de gambader vers le cinéma de genre, comme en témoignent des scènes de cauchemars sublimes et terrifiantes. Pour contrer l’air de déjà vu, Kevin Philips impose un style à la fois organique et nerveux, friand de travellings, d’images fugaces et de ralentis. On ne décolle pas, aspiré par une ballade morbide à la violence parfois insoutenable, se frayant un passage à pas feutrés vers le thriller horrifique, poussé par l’envie de visiter des contrées dangereuses (et donc excitantes). C’est fort, c’est beau et c’est définitivement une petite claque. [SUPER DARK TIMES, disponible sur Netflix]

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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