Choc

Published on mai 6th, 2018 | by Jean-François Madamour

0

[LE CHOC DE LA SEMAINE] FIERTÉS de Philippe Faucon

Avant de découvrir Amin, son nouveau long métrage présenté cette année au Festival de Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, Philippe Faucon, réalisateur aussi discret que précieux ayant comme première qualité d’avoir le bon regard, a signé pour Arté Fiertés, une mini-série en trois épisodes de cinquante minutes sondant tous les états de l’homosexualité masculine en France, en suivant la vie d’un personnage à trois dates clés: en 1981-1982, lors de la dépénalisation de l’homosexualité après l’élection de François Mitterrand; en 1999 lors de l’adoption du Pacs; et en 2013 lors de l’ouverture du mariage aux couples homosexuels. Le dessein a beau être fléché, il n’en reste pas moins clair, simple: composer une fresque extraordinairement dense conjuguant le discours politique à un récit intime, se focalisant sur la famille pour questionner l’identité puis la filiation.
Tout commence donc en 1981. François Mitterrand est élu Président de la République. Victor, 17 ans (Benjamin Voisin), s’écharpe avec son père, jusqu’à ce que Serge (Stanislas Nordey), son amant, vienne le chercher, dès sa majorité, au domicile familial pour vivre avec lui. Des années plus que tard, Victor (Samuel Theis qui le joue à l’âge adulte) et Serge adoptent un petit garçon. En 2013, leur fils de 17 ans assumera le fait d’avoir deux parents du même sexe. Ainsi, de la découverte de l’homosexualité à la famille monoparentale, de la dépénalisation tardive de l’homosexualité à l’adoption de la loi Taubira, Philippe Faucon sonde les points de crispation sur la question de l’homosexualité en France, commençant précisément en 1981, à l’arrivée de la gauche au pouvoir certes, mais aussi au moment où des lois datant de Vichy criminalisaient encore l’homosexualité figurant sur la liste des maladies mentales publiée par l’Organisation mondiale de la Santé et des parents pouvaient demander l’internement psychiatrique de leurs enfants. Ainsi, en trois décennies, il raconte certes l’intolérance ordinaire mais aussi l’évolution de la société française, avec moins de bruit et de fureur (les convulsions sociales et les combats LGBT hurlent sur l’écran de la télévision familiale) que de douceur. Les ellipses ponctuant l’histoire peuvent un peu dérouter les plus rétifs aux édifices mais aussi donner lieu à d’habiles associations d’idées. Et c’est, au final, le meilleur des parti-pris.
Toujours du côté de ceux que la société ostracise (les relations tendues entre le père joué par Frédéric Pierrot et son fils de 17 ans joué par Benjamin Voisin dont il rejette l’homosexualité), Philippe Faucon signe comme à son excellente habitude de beaux portraits marqués par la revendication, l’affirmation, le prisme de l’intime. Rendons-lui hommage, depuis qu’il filme, il a vraiment une manière propre de faire entrer de la diversité dans la fiction française sans sombrer dans le politiquement correct, l’angélisme cui-cui ou la fausse indignation à deux balles. Auteur de Muriel fait le désespoir de ses parents (sur un triangle amoureux), de La Trahison (sur la guerre d’Algérie), de Samia (sur l’émancipation d’une adolescente au sein d’une famille traditionaliste), de La désintégration (sur la tentation du terrorisme) ou encore du successful Fatima (césar du meilleur film en 2015 sur la difficulté de l’intégration), il s’est toujours placé du côté de ceux qui vivent en marge pour leur donner une visibilité (chaos puissance 1000) et, à travers sa démarche, raconter comment on s’affranchit d’un regard social qui assigne ou enferme tout en affirmant une prédilection farouche pour les sujets non consensuels, aux prises avec les zones d’ombre du présent et du passé de l’Hexagone. Très bien écrit et interprété, Fiertés gratte mais il a l’art de gratter avec une douceur toute fraternelle. Respect. [FIERTÉS – visible sur Arté+7]

Spread the chaos
  • 22
    Shares

Tags: ,


About the Author

Ours plumitif.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑

error: Chaos Reigns !