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Published on janvier 8th, 2018 | by Éric Vernay

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[LE CHOC DE LA SEMAINE] «BRIGSBY BEAR» de Dave McCary

Quel rapport au monde peut-on bien développer quand on a passé les 25 premières années de son existence dans une maison isolée, entièrement occupé à regarder un show télé constitué de nounours géants, de lasers et d’équations arithmétiques? James subit un véritable traumatisme. La situation, découvre-t-on progressivement, est quand même d’une grande violence psychologique. Spoiler: James a en effet été kidnappé à la naissance et élevé par de faux parents – avec Mark Hamill dans le rôle du père-geôlier-démiurge – qui lui ont confectionné de toute pièce les centaines d’épisodes du feuilleton imaginaire «Brigsby Bear». Mais quand l’imposture lui est révélée, le choc ne se situe pas forcément là où l’on pourrait le croire. James se trouve avant tout orphelin de ce qui constituait jusqu’alors sa réalité: la fiction. Sans ce préalable, la plaie familiale ne saurait guérir. Le jeune homme veut donc absolument connaître la suite des aventures de Brigsby Bear. Mais comme ses ravisseurs-conteurs sont désormais en prison, il va devoir les écrire et les filmer lui-même. Avec les moyens du bord.
Sur ce pitch croisant la gravité de Room à la coolitude «DIY» de Be Kind Rewind, Dave McCary élabore une jolie comédie dramatique. Formé au Saturday Night Live, pour lequel il a écrit 4 saisons, le néo-cinéaste n’est certes pas un grand formaliste. Néanmoins, malgré une mise en scène plutôt anonyme, sa science de l’écriture comique fait mouche, tout comme son impeccable direction d’acteur. Il faut dire qu’il dispose d’une distribution de haut vol: Mark Hamill en monstre au cœur d’artiste, on l’a dit, mais aussi Greg Kinnear (Frangins Malgré Eux) en flic au cœur de théâtreux, Claire Danes en psy, Matt Walsh (Veep) en émouvant néo-père désireux de plaire, et surtout Kyle Mooney (vu dans Hello Ladies, collaborateur récurrent de McCary), drôle et touchant dans le rôle de ce geek ultime: toute sa vie tourne autour d’une mythologie obsédante, un univers en soi qui le fait vibrer tout en l’isolant. La résilience viendra d’un changement de rapport à ce cocon fictionnel. Non pas en l’abolissant complètement – ici réside la belle idée du film – mais en partageant sa vision, aussi régressive et dérangée fut-elle, avec son entourage.
Autrement dit: au lieu de refouler son trauma en forme de caverne platonicienne, comme la société l’enjoint à le faire, il ouvre bien grand la grotte et invite tout le monde à y entrer, avec un enthousiasme et une innocence de bambin. «Whaaat? Dope ass shit!» [BRIGSBY BEAR – sortie digitale le 15 janvier 2018]

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