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Published on février 19th, 2018 | by Morgan Bizet

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[LE CHOC DE LA SEMAINE] « BIG MOUTH » de Nick Kroll & Mark Levin

Tout le monde peut témoigner, la vie d’un ado/pré-ado est particulièrement ingrate et injuste. La faute à ce fichu désordre hormonal qui vient mettre son bordel et semer la confusion dans les cerveaux et corps de tout individu. On découvre le désir, certains garçons se mettent à bander à tout va, tandis que d’autres en restent au stade inactif. Le mystère féminin s’accentue, la complexe maturité des jeunes filles laisse circonspect les boutonneux avides de porno. Les personnalités s’affirment et explosent à la pleine figure de parents absolument pas préparés. Le chaos, en somme.
Cette période fondamentale de changements, C’est aussi tout le programme de Big Mouth, série animée made in Netflix diffusée fin septembre 2017. Des «Changes» – titre de la chanson de Charles Bradley (cover soul de Black Sabbath) qui illustre le superbe générique de début – qui forment la matière principale travaillée par les deux principaux auteurs, Andrew Goldberg et Nick Kroll à travers une œuvre qu’on devine un brin autobiographique. Ils donnent d’ailleurs leurs noms respectifs aux protagonistes.
Andrew est précoce. Son pénis est plus gros, plus poilu que ceux de ses camarades et il a tendance à ne pas maitriser ses érections, encore moins ses éjaculations. Nick, son meilleur ami, doit pour le moment se contenter de sa «grosse bouche» et de quelques fantasmes. Autour d’eux, c’est la même ébullition hormonale, aussi bien au collège qu’au lycée des grands frères et sœurs, ainsi que chez leurs parents.
Les dix premiers épisodes globalement très réussis, malgré une animation parfois limitée, se concentre avant tout sur l’éveil sexuel des plus jeunes personnages, avec pour chaque épisode, une thématique particulière: l’éjaculation, la pornographie, l’homosexualité, le plaisir féminin… Réside d’ailleurs là la grande force de Big Mouth: proposer un envers féminin au chaos adolescent de Nick, Andrew et Jay (le pote bizarre et maltraité du duo) à travers Jessi, Missy and co. Une justesse d’écriture qui fait de la série une œuvre aussi progressiste que pédagogique. Mais rassurez-vous le délire n’est jamais très loin pour provoquer l’hilarité. Car Big Mouth est surtout très drôle, bien plus que les quelques blagues méta qui parsèment le récit.
Goldberg, Kroll et leur équipe d’écriture ont eu la bonne idée d’inclure quelques présences fantastiques à cette histoire. Il y a bien sûr le fantôme de Duke Ellington, doublé par le génial Jordan Peele, qui hante la maison de Nick et n’est jamais avare de conseils sexuels un peu trash – et en chansons s’il vous plaît! De son côté, Andrew reçoit constamment la visite de Maurice, monstre hormonal au goût prononcé pour la déviance sexuelle. Avec sa voix rauque de pervers (les doublages sont d’ailleurs particulièrement excellents), il assiste nos héros dans la découverte de leurs pulsions, aidé de ses multiples pénis poilus et de son savoir immémorial. En effet, il est l’un des rares témoins de la véritable genèse de la vie: elle est le fruit de l’arrivée sur terre d’un Alien excité qui aurait eu un coït survolté avec la croute terrestre, entrainant la création de volcans et océans.
Maurice devient très vite le personnage le plus drôle de la série, dispensaire de la plupart de ses meilleurs gags. Il est d’autant plus comique qu’il se révèle être une représentation réussie de la psyché d’adolescents on ne peut plus normaux du XXIe siècle, à l’époque des réseaux sociaux, d’internet et son porno illimité etc. Mais pas seulement, car il y a un monstre hormonal pour tous. Pour chaque garçon donc, mais aussi chaque fille (la survoltée Connie) et chaque adulte.
Si Big Mouth est un pendant animé, surréaliste et encore plus cru du culte Superbad de Greg Mottola, la série va aussi au-delà du simple récit initiatique déluré et s’intéresse aux fonctionnements et dysfonctionnements des couples à tout âge grâce aux nombreux seconds rôles qui viennent émailler l’intrigue principale. Comme dans l’illustre South Park, ce sont surtout les adultes qui tirent leur épingle du jeu, entre le candide professeur d’EPS, les parents psychotiques de Jay, ceux trop harmonieux et compréhensifs de Nick…
Big Mouth arrive à pic et vient ébranler le conservatisme ambiant en parlant sans tabou ni concession de la sexualité des mineurs – oui, ça existe – et n’hésite pas à se montrer très explicite. On conseillera évidemment les épisodes les plus chaos. Notamment celui où Jay vit une passion amoureuse avec son oreiller (il éjacule dedans tous les matins) et qui provoquera, joyeuse aberration, sa grossesse puis l’accouchement d’un bébé coussin. Et bien sûr l’épisode final, où Nick et Maurice partent à la recherche d’Andrew tombé dans la «dimension porno», où ils auront comme pseudo Virgil, un Stallone juvénile sorti tout droit de L’Etalon italien, son film érotique des années 1970, pour les guider dans les neufs cercles du bukkake, du fist et du BDSM. Un dernier acte qui ne ménage pas son suspense et nous tient désormais en haleine pour une saison 2 annoncée par Netflix une semaine à peine après la diffusion des premiers épisodes. Une série qu’on est déjà too horny de retrouver. [BIG MOUTH, disponible sur Netflix]

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