Choc

Published on juin 10th, 2018 | by Thomas Agnelli

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[LE CHOC DE LA SEMAINE] 13 NOVEMBRE : FLUCTUAT NEC MERGITUR de Jules et Gédéon Naudet

«Il est battu par les flots mais ne sombre pas», dit la devise latine de Paris, reprise en titre de ce documentaire mis en ligne par Netflix le 1er juin. Le fait qu’il soit uniquement réservé aux consommateurs de la plate-forme, et du coup pas du tout aux autres, se révèle certainement le seul point discutable de ce documentaire indiscutable sur les attentats du 13 novembre 2015 (d’abord au stade de France, puis sur les terrasses, puis au Bataclan). Tant il est essentiel, tant il est terrible. Tant il échappe, et c’est heureux, à toutes les ornières redoutées sur un tel sujet, du chantage émotionnel à la stylisation excessive. Rien de ça ici, pour revenir sur ce souvenir si douloureux de la nuit sanglante ayant fait 130 morts et des centaines de blessés.

Premier gage de qualité : 13 Novembre : Fluctuat Nec Mergitur a été réalisé par Gédéon et Jules Naudet, deux Français célébrés il y a quelques années pour avoir réalisé New York : 11 Septembre, impressionnant documentaire sur les attentats du 11 septembre 2001. Après les attentats du 13 Novembre, ils ont quitté le pays de l’Oncle Sam (là où ils résidaient) pour revenir dans l’Hexagone afin de filmer Paris, ses victimes et ses survivants, pour nous raconter comment notre monde occidental avait changé. Sur la cinquantaine de témoignages, 3 politiques (Hollande, Cazeneuve, Hidalgo), 25 survivants et 15 intervenants (pompiers, forces de l’ordre, vigile). Avec eux, on remonte le fil de cette tragédie. Leur documentaire dure 3 heures, il se divise en trois parties en écho aux différents lieux décimés par les terrorismes ce soir-là. Et à l’aune de leur précédent documentaire sur les attentats du 11 septembre, qui laissaient la parole aux pompiers des deux tours du World Trade Center détruites en 2001 par les avions-suicides d’Al-Qaida, celui-ci donne totalement la parole à ceux qui ont vécu l’horreur en plein Paris, à ceux qui nous racontent tout, sans rien épargner (les visions épouvantables, les derniers regards, le manque de l’être disparu et aimé, les téléphones portables sonnant dans le vide, le bruit des balles, l’odeur du sang, la prise d’otages dans un couloir…). On n’avait jamais entendu les témoignages des otages, qui prennent quasiment toute la troisième partie : ils sont inédits, sidérants, jusque dans les contradictions, dans les confusions, les détails absurdes ou surréalistes. Une infographie montre très clairement ce qui se passait ce soir-là, de la brigade d’intervention dépêchée sur place (la BRI) aux otages confinés derrière une porte.

Au final, pendant ces trois heures, aucun sensationnalisme trash, aucune manipulation abjecte, juste de l’humain démuni dans des situations cauchemardesques, sidérantes, inouïes. Juste de la description qui fait froid dans le dos. La sobriété est sans cesse de mise – tout juste entend-on les sirènes des véhicules de police et de pompiers, et les appels paniqués d’hommes et de femmes aux commissariats – et il est hors de question de donner une quelconque visibilité aux terroristes (à aucun moment, on ne cite leur nom ni même on se focalise sur eux, comme un contre-pied aux médias). Deux intervenants parlent d’une représentation de l’enfer. C’est l’enfer de Dante et toutes les paroles sont plus fortes que toutes les images. Le documentaire est d’une intelligence, d’une précision, d’une rigueur, d’une émotion imparables. N’ayez pas peur de le voir, il ne faut pas avoir peur, il importe d’aller jusqu’au bout parce que ce documentaire ne s’attache pas aux monstres, il s’attache aux hommes, il n’avance qu’avec des hommes, qu’avec ceux qui aident les autres même lorsqu’ils n’ont plus rien, qu’avec ceux auxquels on s’accroche quand tout a été anéanti, quand tout a sombré dans le chaos le plus abominable. « On est des survivants, mais on est des vivants », dit l’une des rescapés. En nous racontant ce traumatisme collectif, 13 Novembre : Fluctuat Nec Mergitur célèbre la vie, la solidarité, l’amour même, il célèbre tout ce qu’il nous reste dans l’effroi de cette nuit. [13 NOVEMBRE : FLUCTUAT NEC MERGITUR, disponible sur Netflix]

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