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Published on mars 16th, 2017 | by Alexandre Jourdain

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CHARLES BURNS : « LOVE NEST » FULL OF CINÉMA

Parcourir les 130 pages muettes du Love Nest de Charles Burns revient à explorer le rapport au réel qu’entretient un David Lynch. D’une part parce que la couverture de l’ouvrage elle-même, probablement basée sur un dessin de Black Hole, renvoie à l’ouverture stellaire d’Eraserhead, au même titre que le bébé mutant, présent dès les premières pages.

Mais aussi parce que chacune de ses larges vignettes carrées cherchent à dévoiler l’horreur dissimulée sous les faux-semblants du quotidien.

Cette jeune femme à la Monica Vitti, présente-absente comme dans La Notte (Antonioni, 1961), sait-elle seulement qu’au travers de la fenêtre derrière elle se devine une forme menaçante?

Ce solide quadra saluant de la main deux silhouettes de femmes à l’horizon, que l’on dirait sorties de Mad Men, est-il conscient que tout ce qui l’entoure n’est plus qu’amas de ruines?

Dans Love Nest, chaque dessin recèle systématiquement son lot d’ambivalences. En reprenant à son compte l’esthétique des comics à l’eau de rose des années 50-60 pour mieux la déconstruire, Burns met au jour un inframonde où la normalité se pare toujours d’une inquiétante étrangeté. Exit la phallocratie et la bien-pensance, et place à un envers du décor. Pas besoin des nappes sonores énigmatiques d’Angelo Badalamenti pour ressentir en ce dédale malade, sorte de storyboard d’un film maudit, le vertige. Dans ce dispositif, le hors-champ et l’ellipse sont rois: qu’importe qu’il soit difficile de trouver un fil directeur ou une quelconque histoire dans Love Nest, car c’est au spectateur d’en combler les trous par son imaginaire.

Ici en se rejouant une scène de Body Double (Brian de Palma, 1984).

Là en se rappelant Michael Ironside dans Scanners (David Cronenberg, 1981).

Là encore en se remémorant le Navigateur de la Guilde dans Dune (David Lynch, 1984).

Ou encore ici en se souvenant du peintre Johann Heinrich Füssli (Le cauchemar), qui influença entre autres Gothic (Ken Russell, 1986).

Dans cette fantasmagorie ultra-référencée cinéma (De Palma, Cronenberg, Cassavetes, Bergman…), où l’effet Koulechov se veut le plus souvent matrice, Charles Burns trouve le pont idéal entre ses romans graphiques et son fétichisme pour le septième art. De quoi livrer quelque part une sorte de manuel de ce que devrait être le cinéma chaos. Déjà culte.

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About the Author

Cinéphile paranoïaque transposant chaque motif en allégorie mystique. Thuriféraire, à ses heures, de Lynch, Cronenberg et Kubrick.



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