CHAOS 2.0

Published on décembre 2nd, 2017 | by François Cau

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CHAOSRAMA épisode 37

Parce que le cycle des sorties vidéo matérialisées ou non n’est qu’un éternel recommencement à faire rendre leur brunch aux sycophantes nietzchéens, voici votre usuelle sélection hebdomadaire des choses vues, classées de la pire à la meilleure.  

Sales Gosses de Frédéric Quiring

Etrange cas dans la comédie française de la seconde moitié des années 2010 que celui de Thomas Solivérès, sorte de Kev Adams pour vieux, jeune pousse comique à grimaces servant de punching-ball pour réalisateurs et acteurs de la génération X. Hihihi les textos, ahahah Facebook, uhuhuh post-adolescence ingrate qui doit fermer sa gueule  : fuis, Thomas. Je n’en suis pas totalement sûr, mais j’ai l’impression que tu vaux mieux que ça. Demande donc l’asile politique à Dupieux ou, au pire, à Nakache et Toledano.

Les Espions d’à côté de Greg Mottola

Comment va donc le réalisateur de Supergrave et d’Adventureland ? Pas très bien. Quelqu’un (ou son moi profond, allez savoir) l’a poussé aux commandes de cette comédie d’action tellement convenue que même son casting semble embarrassé. Isla Fisher est une adorable petite peste, Zach Galifianakis est précieux et en surpoids, Gal Gadot et Jon Hamm sont sexy, bienvenue dans le monde atone de l’humour Captain Obvious.

Le Manoir de Tony Datis

L’ambulance arrive en sens inverse sur l’autoroute du LOL, remplie de YouTubeurs engoncés dans leur propre caricature. Le Chaos, serein, professionnel, garde l’index sensuellement courbé à deux centimètres de la gâchette du bazooka. Il fait cracotter son articulation de la phalange inférieure. Sa langue émerge subrepticement d’entre ses lèvres pour récupérer une goutte de sueur. L’ambulance arrive à sa hauteur mais il ne tire pas. Stupéfaction relative : le film n’est pas très bon, il n’est pas non plus honteux. Aucune envie de se réfugier dans son t-shirt, de crucifier un acteur (à part peut-être l’assez gênant Kemar, mais bon, proportionnellement on le voit peu), fouchtra, il y a même quelques effets gore de bon aloi et un clin d’œil générationnel / caméo final assez amusant tant qu’on peut encore le comprendre.

Transformers : The Last Knight de Michael Bay

Hypothèse de travail : Michael Bay est l’équivalent cinématographique de Donald Trump. Derrière la bêtise manifeste et incontestable affleure une pleine et redoutable compréhension de son médium et une envie quasi primale d’en découdre. Michael sait que les changements incessants de format, par exemple, ne seront remarqués et ne gêneront que ses détracteurs les plus maladifs. Bingo : le procédé les rend effectivement fous. Leur vigilance décroît, ils ne voient pas venir le traitement toujours plus insultant des personnages (Optimus Prime en particulier) ou la mise en image effroyable du scénario déjà pas facile-facile d’Akiva « rends l’argent ET l’Oscar » Goldsman, enrobée de plans authentiquement sidérants. A la fin, le hater de Bay (le Bayter ?) est groggy, anesthésié, insensible à la douleur, il n’est plus rien. Michael a gagné. Encore.

La Région Sauvage de Amat Escalante

Il y a chez Escalante comme chez Reygadas et d’autres compagnons en films achtung-achtung une inclination passablement relou à vous enfoncer de force un naturalisme contrit au fond de la gorge, au cas où la pilule de leur discours ne soit pas assez amère. Le pire, c’est que ce cinéma de pur dispositif doloriste peut offrir de beaux instants troubles. Comme dans une de ses scènes-clé, La Région Sauvage brutalise, pousse à abandonner ses mécanismes de défense pour se laisser aller. Ça reste une forme d’abus.

I am not your negro de Raoul Peck

Aux derniers Oscars, la catégorie la plus passionnante était d’assez loin celle du meilleur documentaire. En dehors du néanmoins assez touchant Life, Animated, les nominés alignaient tous des propos et des formes imposants, du montage saisissant de Fuocoammare à la fresque monumentale du victorieux OJ : Made in America, en passant par ce très puissant tour d’horizon de la question des droits civiques aux Etats-Unis. Sa courte durée pourrait augurer d’un survol hasardeux, il n’en est rien : la puissance du texte de James Baldwin, tant d’un point de vue politique que narratif, se voit honorée d’une transposition filmique ad hoc. Même JoeyStarr, voix-off de la version française, livre une composition convaincante, ce qui n’était pas arrivé depuis sa télé-réalité avec Francis Lalanne.

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Défendra L’Amour Braque sur un champ de bataille.
Mourra donc bêtement.



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