CHAOS 2.0

Published on juin 17th, 2017 | by François Cau

0

CHAOSRAMA épisode 27

Les sorties hebdomadaires s’étalent, toujours classées par ordre d’appréciation, retranchées de force derrière un premier titre placé là par simili provocation.

Revenger de Walter Hill

Rendez-vous service si d’aventure vous n’avez jamais entendu parler de ce film : ne lisez aucun autre texte dessus, procurez-vous le en évitant soigneusement d’en connaître ne serait-ce qu’un résumé succinct, lancez la lecture et contemplez l’une des tentatives les plus spectaculairement ratées de l’année. Un film qui ne démarre même pas sur une fausse bonne idée, mais sur un pitch débile qui aurait 1 chance sur 1000 de fonctionner cinématographiquement, narrativement et idéologiquement dans une approche aussi terre-à-terre. Revenger / Tomboy / The Assignment est en quelque sorte le Boxing Helena de 2017, un pétard trempé, ruisselant d’un traitement à côté de la plaque, refusant catégoriquement de reconnaître un quelconque problème. La confrontation à rebours de deux personnages idiots, atrocement écrits et interprétés non sans bravoure par Michelle Rodriguez et Sigourney Weaver, coincés dans un postulat justifié de façon totalement absurde. De fait, ce dernier film de Walter Hill, qui pourrait être la fin de carrière la plus ironique depuis Kinjite, sujets tabous de J. Lee Thompson, se situe dans un ailleurs au-delà du bien et du mal, dans un cimetière chimérique des idées perdues. La démesure de son échec le place illico dans le panthéon des œuvres les plus mémorables de 2017.

Silence de Martin Scorsese

Ouais, Revenger devant le dernier Marty. Rep’ à ça, Raphaël Enthoven.

Ouvert la nuit de Edouard Baer

Troisième portrait de l’artiste en loser, troisième ode de la fuite en avant après La Bostella et l’injustement mésestimé Akoibon pour Edouard Baer, Doudou baby, le seul auteur français qui parvienne à gérer sa mégalomanie avec une telle grâce et une aussi cruelle acuité. Si l’homme reste toujours aussi ancré dans un réel dont il ne cesse de se régaler, de magnifier la quotidienneté d’un trait d’esprit mis en forme avec génie, son cinéma, lui, s’embourgeoise de considérations bassement matérielles comme une intrigue tenue ou des enjeux résolus. Le résultat perd en folie ce qu’il y gagne en ouverture, sur ses spectateurs et donc sur le monde.

American Honey de Andrea Arnold

Quitte à semer la discorde au sein du Chaos, le Chaosrama sera moins sévère que son petit camarade et trouvera des qualités au film d’Andrea Arnold au-delà de ses dix premières minutes. La réalisatrice parvient à capturer un air du temps, un air du temps répétitif, creux, interminable parfois mais hey, c’est le propos, en même temps. Mieux, American Honey enseigne une leçon précieuse : une scène sans Shia LaBeouf est une scène perdue.

Dalida de Lisa Azuelos

Très étrange repompe du cahier des charges esthétique du Cloclo de Florent Emilio-Siri (photographie, mouvements de caméra, montage), qui réussit l’exploit de seulement effleurer la profonde et dévorante tristesse de son sujet. La pudeur, sûrement.

Le Fondateur de John Lee Hancock

Cinématographiquement, la scène la plus galvanisante de ce biopic très très orienté capitalisme fuck yeah reste, de loin, celle où les frangins DoMac expliquent la taylorisation de leur plan de travail. C’est dire le niveau d’intérêt d’un film pot-aux-roses révélant, ô mandieu, que l’empire McDonald’s repose sur des bases pas très jolies jolies. La prochaine fois dans les productions Captain Obvious, le lobby du tabac a quand même des méthodes de petit filou, et Donald Trump manque parfois de compétence.

PartagezShare on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on Tumblr0Pin on Pinterest0Share on Google+0Email this to someone


About the Author

Défendra L'Amour Braque sur un champ de bataille. Mourra donc bêtement.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑