CHAOS 2.0

Published on avril 22nd, 2017 | by François Cau

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CHAOSRAMA épisode 24

Si la sélection des trucs-vus-de-la-semaine-classés-par-ordre-d’appréciation avait des roues, elle serait un wagon. 

The Leftovers, saison 3, épisode 1

A l’instar d’artisans à tout faire comme Tim Van Patten, Allen Coulter ou John Patterson, Mimi Leder, réalisatrice de blockbuster faisandé moins d’un an après consommation, se transcende au contact d’une série HBO emblématique. Il faut bien évidemment attendre de voir ses deux autres épisodes de cette ultime saison, mais les dix premières minutes de cette reprise sont, y compris de son propre aveu, la meilleure chose qu’elle ait jamais tournée. Le préambule constitue en soi un véritable chef-d’œuvre où tout passe par la mise en scène et sa mécanique de répétition signifiante, absurde et bouleversante. Rien de plus facile que de rejeter ce show complexe en l’affublant de l’épithète infamant de bondieusard, pour son symbolisme a priori trop évident. Il suffit de voir cette brillante introduction pour réaliser à quel point The Leftovers refuse pourtant tout manichéisme.

L’utilisation même du morceau I Wish we’d all been ready en illustration sert d’habile contrepied. En 2014, l’ambitieuse production évangéliste Left Behind avec Nicolas Cage ajoutait ce titre fervent à sa bande-originale, paraphrase littérale de son point de départ proche de celui de The Leftovers – les vrais croyants disparaissent subitement, rappelés au royaume de Dieu avant l’arrivée de l’Antéchrist puis l’Apocalypse (oh pardon, SPOILER des deux suites pas tournées suite au bide de Left Behind). Ici, le morceau, optimiste, joyeux, accompagne in extenso une déception dévorante. Tout fascinante soit-elle, l’audace  du parallèle s’efface devant la puissance émotionnelle de la scène, de cette actrice inconnue meurtrie par sa foi. Aucune parole. Le thème de Max Richter prend le relais et immédiatement, comme un réflexe pavlovien acquis sur deux saisons, les larmes coulent toutes seules. Tristesse absolue, beauté insondable du ralenti, évidence totale du raccord avec la fin de saison 2 et le sort funeste des Guilty Remnants, opposés dialectiques de ces croyants d’un autre monde.

Et ce ne sont donc que les dix premières minutes d’un épisode qui rebat les cartes de façon toujours inattendue, avec son lot de scènes à se figer. Les chanceux qui ont pu voir le deuxième épisode au festival Séries Mania garantissent qu’il élève encore le niveau. Pour l’instant, The Leftovers caracole en tête du top sériel 2017.

Girls saison 6

Inconséquente, irresponsable, insupportable, à peine tolérable, égoïste à en arracher les ongles d’un bébé chat à peine castré en hurlant de colère… si le personnage d’Hannah Horvath est vraiment la « voix d’une génération » qu’elle prétend incarner, nous sommes tous perdus. L’équipe créative à la barre de Girls (Lena Dunham, sa productrice Jennifer Konner et dans une moindre mesure Judd Apatow) a développé cette ambivalence, en a souvent joué en virtuose… jusqu’au dernier épisode de la putain de sa mère de maturité. D’autant plus dommage que cette ultime saison alignait les temps forts avec panache, qui de l’épisode un peu trop hypé avec l’écrivain, des retrouvailles bouleversantes avec Adam et de leur inévitable conclusion (petite merveille d’écriture), et surtout de l’avant-dernier épisode, véritable fin parfaite à la série, sûrement trop au goût de ses maîtres d’œuvre. Comme dans une réalisation Apatow, le show se termine par une demi-heure de trop, destinée à remettre sur les rails un personnage un peu trop excentrique pour son propre bien. Sad.

The Void de Jeremy Gillepsie et Steven Kostanski

Troisième film du collectif Astron 6, après la production Troma remarquablement paroxystique dans l’ignoble Father’s Day et le très rigolo en trailer et limite regardable en format long Manborg. Les mauvais garçons sortent du bac à sable référentiel midnight movies et série Z pour louvoyer du côté de la série B : le casting sait jouer, la mise en scène ralentit sa syncope, la photo claque. Ça s’embourgeoiserait presque, dis donc. Heureusement, il reste encore suffisamment de zeste de folie pour sortir ce quasi huis clos post-lovecraftien du tout-venant VODesque.

Fargo, saison 3, épisode 1

Reste-t-il suffisamment de place entre une dizaine de références aux films des frères Coen et des performances d’acteur plus grandes que la vie pour qu’une intrigue puisse exister ? Jusqu’ici, pas vraiment. Noah Hawley livre un digest des premiers épisodes des deux saisons, lesquels opéraient déjà une relecture consciente de leur source d’inspiration. A force de révolution sur lui-même, le méta finit par s’annuler. La suite peut redresser la barre ou aspirer beaucoup d’espoir de renouvellement dans un trou noir.

Colony saisons 1 et 2, The Man in the High Castle saisons 1 et 2

Hasard chelou et étrangement négocié sur la distance, deux séries de science-fiction jouent en parallèle la carte du récit de résistance rétro, l’une face à une menace alien invisible, l’autre dans une dystopie où le IIIe Reich a remporté la Seconde Guerre Mondiale. Dans les deux cas, les séries semblent réaliser leur pertinence en saison 2. L’enchaînement mécanique des séquences laissent enfin pénétrer une gravité bien dosée, un semblant de souffle à une écriture en pilote automatique. C’est peu, mais c’est toujours ça.

Joyeux bordel de Josh Gordon et Will Speck

La nouvelle comédie trashouille américaine prendrait-elle un virage franchement droitier au risque d’y perdre son âme ? Depuis deux ans souffle en effet un vent de normalisation assez anxiogène du (pseudo) subversif, une tempérance des excès enfouie dans une aspiration à la maturité, sur une étrange ligne réactionnaire libertaire – les 3/8 et la vie de famille, oui, mais avec un rail de coke de temps en temps et des gros mots ! Pourquoi pas, dans l’absolu, si ce n’est que comme la schnouf, ce genre de schéma rend con et hypocrite. Après les assez horribles Bad moms, Hors contrôle, Sisters et en attendant The Boyfriend – pourquoi lui ?, Joyeux bordel marque le transfert de l’héroïsme marginal d’hier vers la célébration des anciens antagonistes. Gloire aux patrons incompétents mais rigolos, indécents avec leurs salariés mais sympathiquement excentriques, rêveurs mais obnubilés par le pognon (faut pas déconner), gros tocards occasionnellement le nez dans la poudre le temps de scènes trop lol. Grimaces, gesticulations, improvisations ratées en variations d’un script peu drôle, poussées d’hystérie… Hollywood, depuis que t’es passé de la weed à la coke, t’es devenue sinistre.

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Défendra L'Amour Braque sur un champ de bataille. Mourra donc bêtement.



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