CHAOS 2.0

Published on avril 15th, 2017 | by François Cau

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CHAOSRAMA épisode 23

Retour à la stricte actualité des sorties vidéo de la semaine classées-par-ordre-d’appréciation. Une envie d’ailleurs, une soif d’absolu, un manque de concentration certain dans l’agencement des idées, c’est aussi ça, le Chaos, quelque part.

Premier Contact de Denis Villeneuve

« Abbott est processus de mort », meilleure réplique de l’an dernier. Quant au reste… Denis Villeneuve n’est ni le génie messianique souvent annoncé, encore moins le tocard absolu symptomatique de l’époque un peu moins dénoncé. Osons la nuance : nous avons affaire à un metteur en scène correct, parfois inspiré, qui avec le bon chef op’ et la bonne ambiance sonore peut démastiquer sévère avant de trahir ses belles promesses par ses envahissants démons pompiers. Premier Contact, son meilleur film depuis Incendies, flirte ainsi assidûment avec le bon goût sur l’étroite ligne du thriller fantastico-linguistique, avant de se réfugier dans les jupes violonesques du mélo limite déplacé. Dude, t’y étais presque ! Tu ne peux pas t’en empêcher, c’est ça ? Prévois au moins un mois de pause entre deux tournages, gros. Tu le mérites, et ça ferait du bien à tout le monde.

Sully de Clint Eastwood

Dans ce très agréable film de science-fiction, Clint Eastwood dépeint, comme dans une commande d’office du tourisme façon « New York, je t’aime », un monde aujourd’hui complètement improbable, où d’honnêtes travailleurs luttent poliment contre la machine bureaucratique à la grâce de leur seul mérite. Trop mignon ! C’est beau, naïf et exaltant dans sa peinture d’une ville meurtrie, solidaire, en quête de symbole positif. Dans ce rôle, Tom Hanks incarne la force tranquille, « non, vraiment, je ne fais que mon footing les gars », à peine empêtré dans ses traumas ordinaires d’homme fantasme d’une Amérique qui va. Neutre comme une girouette ni de droite ni de gauche, totem d’un pays un peu complexe quand même, Tom insiste. C’est lui qui vous remercie.

Papa ou maman 2 de Martin Bourboulon

Un classique de la comédie française : le film démarre, gros moment de doute devant le sentiment de déjà vu, course effrénée en cabine de peur de s’être trompé mais non, la séquelle tournée dans l’immédiate foulée du succès du premier reproduit juste ses recettes à la fucking virgule près, parce que pourquoi s’emmerder, après tout. Unique apport notable : Jonathan Cohen, toujours égal, toujours superbe. Qu’est-ce que le cinéma français attend pour l’élever à sa juste valeur ? QU’IL NOUS FASSE SON TCHAO PANTIN ?

Undisputed 4 de Todor Chapkanov

Scott Adkins est tout ce qu’il nous reste, en 2017, comme reliquat des brutasses martiales anglophones qui firent si ce n’est la joie, si ce n’est la fortune, encore moins la pérennité, du moins un pan non négligeable d’occupation d’espace des vidéoclubs (insérer blague de vieux). Même dans cette déjection absolue, écrite avec un ongle incarné, jouée avec la passion d’un bébé phoque mazouté, filmée et montée TOUJOURS de la même façon (deux trois patates, une contre-attaque, un coup plus puissant plein cadre au ralenti, ad lib), Scotty -baby suinte le charisme martial par chaque centimètre carré de ses faux tatouages. Les plus tarés pourront y voir un parallèle thématique avec le beaucoup plus rigolo Chasse à l’homme 2, sur le traumatisme d’un homme beaucoup trop fort pour ses adversaires imbéciles, condamné à tuer dans un monde devenu fou de violence, les autres fast-forwarderont entre les combats comme devant un porno. D’ailleurs, comme dans un mauvais porno, la scène à trois est la meilleure.

Maman a tort de Marc Fitoussi

Encore plus choupinet que la comédie dramatique téléfilmée avec conscience sociale : le film qui prétend comprendre les ados de son temps avec toujours les mêmes recettes conniventes coup de coude clin d’œil. Beaucoup de textos, un peu de Mac DeMarco et de Metronomy, et voilà la pitchoune prête à régler les problemos du modèle économique français à elle seule. Va, vis et deviens, Anouk, on te regarde d’un œil très fatigué.

Ballerina de Eric Summer et Eric Warin

OK, qui est le con qui a foutu du sous-Rihanna pour illustrer des scènes de ballet à l’Opéra de Paris ? Qu’il se dénonce, j’attends.

Sausage Party de Conrad Vernon et Greg Tiernan.

Pire que raté : pénible et vaguement prétentieux. Comme métaphore du conflit israélo-palestinien, préférer Rien que pour vos cheveux de Dennis Dugan, perle cinématographique encore plus rare qu’un scénario convaincant de Seth Rogen : une authentique réussite comique d’Adam Sandler. On dira ce qu’on voudra de l’acteur principal du prochain film de Noah Baumbach (compétition officielle au Festival de Cannes 2017™), mais lui au moins, il paie ses animateurs. Oui, ça n’a strictement rien à voir, mais Seth Rogen 1/ ne paie pas ses animateurs, 2/ devrait prendre une décennie sabbatique le temps de faire le point sur ses qualités d’écriture, 3/ se maintient depuis dix ans dans le tiercé des têtes des raisons pour lesquelles tout le monde se méfie de la marijuana.

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Défendra L'Amour Braque sur un champ de bataille. Mourra donc bêtement.



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