CHAOS 2.0

Published on avril 8th, 2017 | by François Cau

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CHAOSRAMA épisode 22

Cette semaine, la sélection de choses vues classées-par-ordre-d’appréciation ne mentionne presque pas de comédie française, au risque d’engranger moins de clics et de passer pour une colonne à peu près intègre. D’où la photo de Omar Sy chez Hanouna en Une pour racoler.

The Discovery de Charlie McDowell

C’est mignon. Entre The OA, 13 Reasons Why et ce second film du réalisateur du mésestimé The One I love, c’est un peu comme si les productions originales Netflix s’y mettaient à plusieurs pour nous rassurer sur la mort. Bah alors, qu’est-ce que le fuck, Netflix, vous savez quelque chose qu’on ignore ? Vous cherchez à pousser les binge watchers sur la verge du mal-être ? Anyway, bref, WHAT/EVER. Il faut suivre de près la carrière du fiston de Mary Steenburgen et Malcolm McDowell et, tout aussi important, ne pas survendre ses mérites, tout fascinants puissent-il sembler. Charlie peut, dans un absolu tangible, sortir la SF indépendante US de son ghetto lo-fi d’où elle peine trop souvent à résonner, passés les météores insaisissables de Shane Carruth. The Discovery reprend les éléments les plus emblématiques de The One I love sans se répéter : une œuvre au concept fort, avec une mythologie ad hoc, habilement déployée pour soutenir les enjeux relationnels centraux. En fait, sans cette insupportable endive braisée de Jason Segel dans le rôle principal, The Discovery pourrait sans doute totalement convaincre et prétendre au double de louanges. Que Baptiste Liger se rassure : Rooney y est formidable.

Alliés de Robert Zemeckis

Est-il possible, pour les spectateurs francophones, de faire abstraction de l’hilarante semoule yogourt dans laquelle s’exprime Brad Pitt, censée passer pour du québécois pur jus ? Disons… à peu près, en ce que cette douloureuse performance surligne le désir de cinéma iconique à l’œuvre derrière le projet de Robert Zemeckis. Du cinéma pour cinéphile, avec ce que ça peut impliquer de fine ligne entre l’abandon de son incrédulité et l’impression d’artificialité totale. Dans sa deuxième moitié, l’élégance de la mise en scène parvient à faire oublier la théorie en marche. L’intrigue se resserre sur son duo d’acteurs modèles, Marion Cotillard venge sa mort ratée chez Nolan, Brad Pitt flingue, nous sommes quittes.

13 Reasons Why saison 1 et Riverdale saison 1

Introducing donc l’ère du post-méta adolescent, tenez-vous bien, c’est technique, de l’adaptation de fiction consciente d’être une fiction consciente d’être une fiction. Du premier degré déguisé en second, vague écho sous Tranxène de Dawson pour 13 Reasons Why (Gregg Araki, à la réal sur deux épisodes pas fifoux, vaut bien mieux que ça bordel), relecture habilement référencée d’un classique de la littérature comics US pour Riverdale. Avec dans les deux cas, l’écrasant rouleau-compresseur du sentiment de déjà-vu, de tout petit travail composite pour décaler l’atmosphère de quelques centimètres sur la droite de leurs aînés. C’est peu.

Big Little Lies saison 1

Tout tentant soit-il de résumer cette adaptation à la collaboration entre le créateur d’Ally McBeal à bout de souffle et le réalisateur de Démolition égal à lui-même, c’est surtout son aura de drame bourgeois, désespérément bourgeois qui finit par dégonfler la baudruche de cette superproduction au casting complètement disproportionné. Est-ce bien correct de juger une œuvre selon son appartenance de classe et son caractère dépolitisé ? La classe dominante n’a-t-elle pas le droit de valoriser ses problèmes de gosses débiles, de maris abusifs, de compétitivité pathologique jusqu’au ridicule le plus achevé ? Si, bien sûr, tout comme il est autorisé de trouver ça sans intérêt, même pas tant obscène que pathétiquement vaniteux. Vous avez peut-être lu ici ou là que l’ultime épisode, de loin le meilleur, pulvérise cette saison dans la stratosphère : fake news. Les conflits y éclatent enfin au grand jour, certes. En fait, il commence tout juste à s’y passer quelque chose.

Les Animaux fantastiques de David Yates

Par soif d’absolu, j’ai revu le premier épisode de State of Play – Jeux de pouvoir, pour vérifier si cette production BBC de 2003 tenait encore la route, ou plutôt, si son réalisateur David Yates allait au moins laisser un produit correct à la postérité filmée. Mouais. Ça se tient encore à peu près. Depuis 2007, Davidou empile gentiment les trophées d’employé de l’année pour le conglomérat Harry Potter™. Ici encore, comme dans son presque gênant Tarzan, il se devine quelques intentions, une poignée de tentatives de sortir d’une intrigue mal transposée de son postulat feuilletonnant d’origine, de se hasarder hors des clous bassement figuratifs d’une direction artistique bêtement bipolaire. Mais tout tombe à l’eau, à la boue, même. Colin Farrell n’a jamais autant eu l’air de s’ennuyer et Johnny Depp, une nouvelle fois, pousse à détourner le regard de sa pourtant courte performance.

Demain tout commence de Hugo Gélin

Ce micro-phénomène, au succès public déraisonné, rassurerait sur les velléités des spectateurs français à sortir de leur enfer de la comédie vers autre chose, n’importe quoi… si cette dernière excroissance de la dynastie Gélin ne carburait à la malhonnêteté tire-larmes, dans son monde à la fantaisie dramatiquement repliée sur elle-même. Comme dans Gangsterdam, l’on y confond envie de cinéma et besoin de s’y blottir comme dans un cocon qui isolerait du reste du monde, dans un processus de fétichisation immédiatement rassurant à défaut de tenir une ligne artistique définie. Tout cela ne serait au fond pas si grave si le (petit) twist final grotesque, limite dégueulasse, ne venait parer la guimauve d’une aura profondément cynique, manipulation de bas étage pour forcer l’empathie avec la subtilité d’une tractopelle lancé sans frein sur une pente à 70°. Vous ne méritez pas vos torrents de larmes, messieurs.

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Défendra L'Amour Braque sur un champ de bataille. Mourra donc bêtement.



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