CHAOS 2.0

Published on mars 11th, 2017 | by François Cau

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CHAOSRAMA épisode 19

Quand soudain, tel Sean Archer se réveillant avec le visage de Castor Troy à l’entame du deuxième acte de Volte-Face, il éructe, la bave aux lèvres, « FUCK YOU ! FUCK YOU ! FUCK YYOOOUUU ! Je fais un topo sur l’actualité télévisuelle si je veux !!! ». Romain, impérial dans son peignoir en soie, remplit à nouveau sa coupette de Ruinart. « Mais avec grand plaisir, bonhomme. Tu peux même les classer du pire au meilleur, pour changer ».

Designated Survivor, saison 1, épisode 11 et 24 Legacy, saison 1, épisodes 1-5

C’est comme les lendemains d’un divorce dans un mauvais film indépendant. Dans le rôle du père, Kiefer Sutherland s’entête dans une relation qui ne peut pas marcher avec un show persuadé d’avoir inventé la poudre. Dans le rôle de la mère abandonnée, la série 24 reproduit sa routine pour compenser l’absence de l’être aimé, avec un surcroît de méchanceté gratuite envers les étrangers, par pure flemme. Si la vie était un téléfilm Disney, des jumelles jouées par Lindsay Lohan forceraient leur réconciliation et tout rentrerait dans l’ordre.

Britney Ever After de Leslie Libman

Conséquence inattendue de l’hégémonie rampante du méta, les téléfilms soporifico-mélodramatiques de la chaîne américaine Lifetime deviennent un terrain d’expérimentation pour le troisième degré, alias le second degré traité de façon extrêmement sérieuse, alias l’une des plaies artistiques probables de la prochaine décennie. Après le poker face très étrange de A Deadly adoption avec Kristen Wiig et Will Ferrell, le remake vampiro-saphique du téléfilm Lifetime 20 ans d’âge Mother May I sleep with danger produit et interprété par James Franco, avant la diffusion ce soir PUTAIN CE SOIR de The Wrong Student réalisé par ce grand coquinou de David DeCoteau, il n’est jamais trop tard pour savourer ce biopic non autorisé de Britney Spears, et ses savoureuses licences poétiques driftant avec une remarquable absence de grâce autour de la notion de copyright. Une Brit-Brit d’origine australienne y engage une lutte de tous les instants pour dompter l’accent sudiste, succombe au charme approximatif d’un faux Justin Timberlake à se tordre, s’en sépare après une battle de danse dans une discothèque. Chaque scène irradie de fines touches caricaturales dans l’interprétation, l’écriture, la direction artistique ou même les effets de mise en scène – guettez les zooms à répétition sur l’interviewée dans les scènes « documentaires », c’est merveilleux.

Girls, saison 6, épisode 3

Oui, comme vous l’avez lu un peu partout, l’épisode American Bitch de cette ultime saison du show de Lena Dunham et Jenni Konner constitue sans aucun doute l’un de leurs plus grands accomplissements… justement parce que cette demi-heure finement dialoguée n’a pas du tout l’air de sortir de Girls, et laisse entrevoir le potentiel de son équipe lorsqu’elle arrête de se contempler le nombril. La série la plus paradoxalement intéressante sur la génération dite des millennials n’a jamais manqué de se vautrer dans les travers qu’elle faisait mine de dénoncer. Recul devant le moindre signe d’adversité, syndrome du gamin pourri gâté à qui tout est dû, égoïsme et égotisme quasi pathologiques, le show ne fait jamais réellement évoluer sa galerie de personnages à peine tolérables, pire, son discours sous-entend qu’ils ont raison, que le génie vient naturellement à celui qui se proclame génial, et que le processus artistique se cantonne à une réinterprétation plus ou moins inspirée de son propre vécu, affublée de l’étiquette « fiction ». Ainsi, ici encore, Lena Dunham ne manque pas de faire dire à un personnage à quel point Hannah, son double « fictionnel », est géniale, quand bien même l’illustration de ce génie se résume à deux pauvres phrases indignes d’un éditorial de Konbini… d’où la trouille immense de la voir s’attaquer à un sujet aussi sérieux que celui de la culture du viol, et de potentiellement donner toujours plus de grain à moudre à toute la biodiversité des trolls réactionnaires. Mais contre toute attente, le miracle opère. Hannah Horvath ne se ressemble plus. Elle argumente intelligemment, ramène la discussion à elle de façon appropriée. Même le dispositif du dernier plan, figuration symbolique inédite dans la série, fonctionne au-delà de son évidence et provoque un malaise durable de première catégorie. Comme quoi, tout arrive.

Legion, saison 1, épisodes 1-5

On est complètement d’accord, c’est joli les couleurs, le casting, les gens enfoncés dans le sol et le labyrinthe mental, mais vous vous rendez compte qu’il ne reste plus que trois épisodes pour savoir si oui ou non, on se foutrait pas un peu de notre gueule à force de tourner en rond ?

The Americans, saison 5, épisode 1

OK donc maintenant vous arrêtez de faire les enfants et vous allez rattraper cette série dont vous entendez le plus grand bien depuis ses débuts.

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Défendra L'Amour Braque sur un champ de bataille. Mourra donc bêtement.



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